Mercure de France de janvier 11736, p
2, Labouderie, Volice sur Bourdaloue, p. 23. «Il fut enterré dans le caveau de l’église Saint-Louis où j'ai vu son cercueil avec la profonde vénération que mérite le souvenir d'un si grand homme. »
Etienne Chamillart (lire Chamillard) (né à Bourges en 1656), m. le 1er juillet 1730.
Pierre Chamillard, m. le 3 avril 1733.
François de Paule Bertonneau (lire Bretonneau), ancien supérieur, m. le 29 mai 1741, à 64 ans.
Jean-Charles de Couvigny, m. le 19 novembre 1745.
N'oublions pas surtout son ami Huet, l’ancien évêque d’Avranches.
Enfin parmi les coadjuteurs, le f. Antoine Leclerc, mort le 17 mai 1704, quatre jours après notre prédicateur dont il était le socius. Cette coïncidence défraya la verve poétique de quelque régent de collège qui, sur le compagnon de Bourdaloue, mort peu de temps après lui, composa sans doute les vers badins insérés par le Mercure (juin 1704, p. 199.) Les voici avec leur orthographe et la bizarre coquille de la seconde strophe, qui montre le correcteur d'épreuves peu familier avec l’allusion au fidus Achales.
Epilaphe du Frère Compagnon du R. P. Bourdaloue |.
D'autres du grand Bourdaloïüe, Chantent l'éternel renom, Pour moy seulement je loüe Son fidèle Compagnon
Tel que la chate d'Enée (sic) . Le bon frere pas à pas
À suivi sa destinée
Meme jusques au trepas
Dans les degrés de la chaire Plus fier de son Orateur Que Maillard le debonnaire N'étoit de son Confesseur
Il meurt apres ce grand homme Et ne veut plus se prester.
Le cheval d'un pape ? à Rome Ne se laissa plus monter.
Il faut reconnaître le F. Antoine Maillard, dans Maillard le débonnaire, le compagnon du confesseur, socius du P. Lachaise, envoyé ensuite à La Flèche en 1687, nommé dans la lettre de Bourdaloue à M. de Lamoignon, t. xvI, p. 280, éd. de Lebel, 181?, in-8. Cf. Chérot, Correspondance, p. 113-116.
u. — (P. 9691). — On trouve dans un journal manuscrit du temps, des détails sur la nomination du P. Séraphin au titre de prédicateur ordinaire du roi, en remplacement de Mascaron. Il est piquant de voir les deux prédicateurs en titre représenter ainsi « les deux méthodes » dont
1. Pour les ccmpagnons du P. Bourdaloue voir mes cartes: Le Clerc, Brunet, Montfalcon, Robineau. Bourdaloue avoit pour compagnon en 1686 et 1688, François Robineau frère coadjuteur temporel et jardinier (dispensé d'office pour cause de vieillesse) senex ea 1:00, mort en 1701, à 85 ans. Cf. notice sur S. Louis, p. 50, n° 46, par M. de Hansy. 11 s’agit du frère Le Clerc, décédé le 17 mai 1704. (Voy. Nolice historique sur la paroisse S. Paul, par M. de Hansy, p. 55, 2° ligne), il mourut 4 jours après lui.
2. St Jean {* pape, légende. Bréviaire remain (27 mai) (le P. Le Lasseur).
nous avons parlé plus haut. (Ch. ch. vu, p. 831) ; il est vrai que Séraphin ne fut pas longtemps le collègue de Bourdaloue en cette place dont les Capucins du Marais détaillent si complaisamment les avantages; l'annonce de la mort de Bourdaloue suit de près la nouvelle de la nomination du P. Séraphin. On lit dans le manuscrit intitulé Journal des Capucins du Marais (1621-1731) : « Cette année 1704 commence par l'honneur que le Roy fait au R. P. Seraphin de Paris, Le Maire, lequel ayant prêché deux carêmes devant Sa Majesté au Louvre, les années 1696 et 1699 et M. de Mascaron, cydevant de l'Oratoire, evesqu. d'Agen, aussi P[redicateu]r du Roy, estant mort dans le moys de Décembre de | année passée 1703, Sa Majesté nomma à sa place en tiltre d'office de Pr. le dit R. P. Seraphin, à qui elle envoya le brevet le 9° janvier à la proposition de requeste de M. le comte de Granmont, son pénitent, ayant été préféré à plusieurs autres pour qui on demandoit cette place, sur laquelle le Roy lui à asseigné cent écus par chaqun an de pension en tiltre d'aumône, et qui luy donne bouche en cour toutes les fois qu'il y veut aller et rang dans les affaires de conscience, n’y ayant que deux pr{édicateu}rs du Roy en tiltre d'office et par brevet qui sont actuellement les RR. PP. Bourdaloue, Jésuite, et le dit P. Seraphin. »
A été ensuite ajoutée cette note :
«Le d{it] P. Louys Bourdalou mourut le 13 may de cette année, agé de 72, a la maison professe des Jesuites, après avoir prêché 36 dans Paris et à la cour avec un grand applaudissement !. »
Le nom de Mascaron, rappelé ici à propos de sa mort en décembre 1703, invite à recueillir sur lui un témoignage assez marquant. La première place que nous lui voyons assigner, du vivant même de Bossuet, parmi les orateurs, s'explique par le ton obligé du panégyrique. L’épithète de « prédicateur fleuri » est plus intéressante et plus juste. Elle rappelle le mot que j'ai cité, p.61, de Mascaron lui-même dans sa lettre à Scudéry. Mercure de France, décembre 1703: « Messire Jules Mascaron, évêque et comte d'Agen, mourut le 16 novembre. Il a passé pour le prédicateur le plus fieuri du Royaume. Personne de son temps n’a été si doué de l'éloquence de la chaire jusque-là qu'on put dire que pendant son vivant il en fut le maistre: ayant possédé le talent de la parole au plus haut point de perfection ou peut arriver un orateur chrétien ?. »
P. 3, Tamizey de Larroque parle de la guirlande tressée par lui en l'honneur de Mascaron par la publication de ces billets, et s'excuse de la métaphore par cette note : « Cette métaphore est d'autant plus excusable, que, dès 1670 un critique contemporain de l’orateur déclarait que « tout fleurissoit sous sa plume, »
La notice du Mercure de France sur Mascaron, même à faire la part de ce que contiennent ordinairement de complaisance les nécrologies de ce genre toujours promptes à proclamer leur héros le plus grand homme du teinps et du monde, est à noter par sa date. Bossuet et Bourdaloue qui vivaient encore, se devaient dire, pour peu qu'ils connussent les habitudes de ces chroniques, qu’au temps de leur mort, leur tour arriverait d’être décrétés les premiers dans la chaire.
4. Bibl. nat. N; a. fr. M5, p. 154 de l'ancienne pagination, 423 de la nouvelle, Communication de M. E. Levesque, lettre du 18 novembre 1900.
9, Une demi-douzaine de leltres inédiles adressées par des hommes célèbres au maréchal de Gramont, publiées par. Philippe Tamizey de Larroque. Auch, 1884, Extrait de la Revue de Gascogne, tiré à part à 100 exemplaires, 18 pp.
Le second témoignage, qui dérive du Mercure, répétant, au mois de juillet 17,05, une insinuation déjà tentée un an auparavant (Cf. plus haut, p. 9691), essaie de faire passer sur La Rue le bénéfice de la succession ouverte par la mort de Bourdaloue. Eu réalité, il y alà, quelle que soit la plume qui écrit ces articles, moins un document historique intéressant qu'un trait de mœurs. Ce n’est pas seulement en chaire que La Rue, s’il faut en croire le nouvelliste « réparera la perte de Bourdaloue », mais au confessionnal même. Voici ce qu'écrivait le Mercure galant :
« Le Pere de la Rue, Jésuite, à été nommé confesseur de Mme la duchesse de Bourgogne.... Jamais prédicateur n'a prèché avec plus d’onction.. Vous avez déjà sçu que le P. Bourdaloue a dit plusieurs fois avant sa mort qu’il preschoit mieux que luy. Je veux croire que sa modestie le faisoit parler ainsi, et qu'il vouloit dire qu'il preschoit aussi bien que lui, En effet, le Père de la Rue a presque toujours été aussi suivi que le Père Bourdaloue, et après la mort de ce dernier, la plupart de ses pénitents, ainsi que je vous l’ai déjà dit, ont demandé que leurs consciences fussent dirigées par le Père de la Rue. »
Il faut lire dans l’annotation que le P. Chérot a mise à la Lettre inédite de Bourdaloue au cardinal de Bouillon, une lettre de La Rue au cardinal pour décliner la direction de Ja conscience de sa nièce Marie Xavier, celle dont Bourdaloue avait prêché la vêture le 7 septembre 1678, et qu'il dirigea pendant plus de vingt-cinq ans (Chérot, p. 51). Finalement, La Rue accepta et fut douzeans le directeur de cette religieuse (Jbid. p. 54). Apparemment, après s'être plus ou moins longtemps fait prier, il dut recueillir ainsi un certain nombre de pénitents de Bourdaloue. Ce fut officiellement, du reste, et non, parait-il, sans répugnance (témoin le P. Léonard, cité ibid., p. 51 1) qu’il dut « consentir... de prendre le confessionnal du P. Bourdaloue dans l’église de Saint-Louis.» (Léonard, Journal tuedil, 19 mai 1904. Bibl. nat, fr. 19212 )
De lenquête historique poursuivie sur les sermons de Bourdaloue, tels que les entendirent ses contemporains, bien des conséquences seraient à tirer. Pour la plupart nous les avons indiquées au passage, mais sans autre ordre, ni autre lien entre elles que le caprice dé la chronologie. Sans prétendre ici ramener à l’unité, ni grouper sous des chefs distincts les innombrables détails de notre trop longue analyse, il est possible de dégager, appuyés de quelques exemples, les principaux caractères de l’éloquence de Bourdaloue. À en juger d’après les restitutions des copistes, cette parole vivante, si universellement goûtée par des auditeurs de tout rang, eut comme mérites plus saillants la vie, la sincérité, la familiarité d’allure, le tout animé par une convicüon profonde, et ce qu'on pourrait nommer « l’esprit apostolique. »
Nous avons vu toutefois que le genre de prédication qu'on appelait «à lapostolique», celui du P. Séraphin ou du P. Honoré de Cannes, n’était point le fait de notre orateur ?. Beaucoup plus enchaîné à ses cadres, Bourdaloue était aussi plus soigneux d’une patiente préparation ; il ne se
{. V. plus haut, p. 833.
hasardait guère à improviser, si l’on en juge par la quanté des copies variées d’un même sermon, dont l’élément mobile n’est jamais que la forme, modifiée à des degrés divers, sur une charpente à peu près invariable.
Ni dans ses goûts, ni dans ses aptitudes, Bourdaloue, malgré ses vivacités, ses allures familières, qui devaient encore et surtout être rehaussées par son actüon rapide et animée, ne semble avoir eu ce qui constitue la faculté d'accorder beaucoup à limprévu et à l'inspiration du moment.
Il a même des moyens et des procédés de rhétorique. faciles à reconnaître jusque dans l'édition revue et corrigée, mais que montrent avec plus d’évidence encore les recueils manuscrits du temps. Le fait est à signaler, car de légitimes préventions contre les retouches possibles de Bretonneau, lui ont fait attribuer en partie l'introduction de certaines formules un peu convenues ou artificielles. Rencontrées dans les manuscrits, elles manifestent les habitudes de Bourdaloue ‘.
Donnons quelques exemples de procédés qui d’ailleurs ne lui sont point particuliers et qu’on retrouve chez bon nombre de ses contemporains. Les énumérer tous, serait œuvre de longue haleine.
Un des plus fréquents est, dans la division des sujets, parfois dans le développement d’un point, la recherche de l’antithèse, ou mieux la méthode des «contrastes ». Bourdaloue aimera à opposer dans un parallélisme un peu symétrique les effets du vice qu'il veut détruire aux avantages de la vertu qui le combat, afin de mieux mettre en saillie, au moyen d’une sorte d'étude en parte double, les caractères de l’un par ceux de l’autre ?,
1. Nous avons vu que Feugère s’est trompé en attribuant ainsi à Bretonneau ce qui est le fait de Bourdaloue. Cf. plus haut, p. 836.
2. V. plus haut, p. 930, comment le désir de procéder par tableaux et portraits amenait à ces contrastes. Fe.
Témoin, entre mille exemples, sa division du sermon inédit sur l’Aveugle-né", qu'il termine en ces termes :
Et ainsi, ces trois aveuglements que nous avons reçus des mains d'Adam, à l'égard de Dieu, à légard de nous-mêmes et à l'égard des créatures, et les trois connoissances opposées à ces trois aveuglements que nous avons reçues du Fils de Dieu feront les trois points de ce discours et le sujet de vos attentions.
Aussi bien, ce type de développement n’est nullement spécial aux sermons manuscrits ; il s’en rencontre dans les divisions des sermons imprimés. Cette méthode, familière à Bourdaloue, touche de trop près à l’ossature de ses discours pour que l’édition officielle n’en ait point gardé de nombreuses traces. Il n’en est plus ainsi de certaines formules qui se rattachent à ce procédé destiné à frapper l’attention, celui que j’appellerais «des surprises annoncées. * »
Bourdaloue semble affectionner ces petits moyens d’atuirer l'esprit et de le piquer par des apparences de contradiction :
La proposition, dit-il dans le sermon de l’Annonciation, a quelque chose de paradoxe (sic) et qui semble se contredire. (P. 24).
Sans doute ces manières d’éveiller l'auditoire ne lui apparüennent pas en propre : elles étaient dans les habitudes et dans la langue des prédicateurs du temps Ÿ. Ainsi, cette phrase d’un panégyrique de saint Jean-Baptiste, de Fromentières, qui rappelle de très près une formule citée plus haut :