‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 434 sur 475 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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3. M. L. Lehanneur, dans sa thèse Mascaron d'après des documents inédits a noté aussi un trait analogue, qui n'est point sans exemple chez Bourdaloue et ses autres contemporains. « La seconde de ces singularités (de Mascaron), écrivait-il, c'est... de se créer d'apparentes difficultés, de feindre l’étonnement et l'embarras en présence de contradictions imaginaires de l’Ecriture...» (P. 108.)

: ARTE . Quis puer isle eril : Mystérieuses paroles dont je puis tirer, pères et mères qui m'écoutez, une moralité à laquelle peut-être vous ne vous attendez pas.

Tant il est vrai qu’on n’échappe guère à une langue du temps et des formules régnantes.

Est-ce précisément parce que cette langue des prédicateurs avait vieilli, que ces formules, sans être absolument absentes de l'édition, y sont du moins beaucoup plus rares ?

Dans ces manières de parler qui furent vraiment « dites » et que les copistes n’ont certes pas créées, ne faut-il voir que le jeu d’un esprit subuül, attentif à heurter les notions et les mots pour en dégager quelque brillante éuincelle ? Serait-ce souci de littérateur ou ancienne habitude d’humaniste un peu puérilement épris de ces moyens ? Bourdaloue n’est rien moins que curieux de la pure forme littéraire, surtout en chaire et dans le feu de l’action. C’est bien plutôt par tempérament oratoire, si Von peut nommer ainsi le souci de parler à son auditeur, adloqui hominem, de se maintenir en contact avec lui, de le tenir en éveil et aux écoutes, que Bourdaloue, — ce froid logicien, comme l’a trop fait dire peut-être l’édition épurée, — s’ingénie à faire naître des « surprises » et à créer des effets. Ne serait-ce pas en somme du dedans et de la vie intense qui s’y agite, de la vivacité qui tient en mouvement l’orateur, que procéderaient ces formules mulüples, destinées à établir comme un courant de communication mutuelle entre celui qui parle et ceux qu'il interpelle sans relâche ?

Toutefois s’il est malaisé d'expliquer uniquement par le besoin de se sentir en perpétuelle communication avec l'auditoire, cette prodigalité des formules, on y peut voir aussi la trace d'usages, démodés sans doute à l'époque où parut l'édition. En tout cas, on rencontre dans les manuscrits une quantité considérable de précautions oratoires et de correcüfs destinés sans doute à renforcer l'effet, sous

couleur de l’atténuer, qui ont à peu près entièrement disparu à l'impression. Il n’est ni opportun, ni possible d’en faire ici une énumération minutieuse et technique ; mais mainte parenthèse comme celle-ci : «Ne vous choquez pas de ce terme », si fréquente dans le Bourdaloue des copistes, ne serait-elle pas une de «ces façons de parler... particulières » à Bourdaloue, que les maladroits imitateurs, qui singeaient jusqu'à ses défauts, auront discréditées. N'est-ce point pour cela que Bretonneau qui, dans la préface des Dimanches, signale plusieurs travers de ces imitations malencontreuses, a diminué notablement dans lédition le nombre des € particularités » dont elles s’inspiraient ! ?

Accordons, s’il le faut, que c’est malgré et non par cet appareil, un peu étonnant aujourd’hui, mais qui alors ne devait déconcerter personne, que les sermons de Bourda- ‘loue tenaient suspendu l'auditoire des marquis ou des laquais qui «Le couraient à l’envi », pour emprunter sa vieille langue?. A distance, à la lecture surtout, il faut avouer que tant d’apostrophes morcellent ou harcèlent plutôt Pattention qu’elles ne la soutiennent. Mais autre temps, autre mode. Et ne serait-ce point la raison de bien d’autres différences entre l’édition officielle et les passages parallèles reconnus dans les manuscrits? I est très évident que ceux-ci ont subi un rajeunissement, et c’est dommage pour la connaissance de la langue de Bourdaloue *.

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