V. plus haut, p. 135 et suiv
2. On lit dans le sermon de la Samarilaine, rédaction Phelipeaux : « Cette femme s'attache à Jésus-Christ, le court, le suit... » V. Sermons inédits, p. 106, note 1. L'expression d'ailleurs se rencontre dans La Bruyère. V. au chapitre De La Chaire, 5. (Ed. Hachette, t. 11, p. 222). On court ceux (les prédicateurs) qui peignent en grand Où en miniature, V. plus haut, p. 834.
3. Quant à la question du Lexique de Bourdaloue, dont quelques matériaux sont recueillis, il est nécessaire de surseoir jusqu à un dépouillement plus complet et une plus large publication des manuscrits dont il dépendra. Cf. plus haut, p. 7.
Multiplier les remarques de détail de ce genre serait se perdre dans les infiniment petits, bien qu’il vaille la peine de recueillir les moindres indices. Mais ces minces particularités distinguent assez nettement les copies anciennes et les opposent à Pédition beaucoup plus sobre en formules de cette nature.
Venons à l'élément, très saillant dans les copies, de la familiarité de notre orateur. Encore que tout n’en ait point été effacé dans l’édition de 1707, c’est sur ce point, peut-on dire, que Bourdaloue a été le plus changé. Bien des traits personnels ont disparu. Faut-il mettre en cause Bretonneau? C’est probable. Il est possible aussi que l'éditeur ait travaillé dans le sens indiqué ou désiré par lorateur. Ce qui est sûr, c’est que l’air noble et sérieux que Bourdaloue lui-même eût peut-être donné à ses sermons revus pour être imprimés, enlève beaucoup de la sincérité un peu inquiète, vive, passionnée, qui se fait jour à cent endroits des copies ou des éditions subreptices. Dans les recueils manuscrits, l'auditoire se devine plus précis et plus concret que l’espèce de public universel, que cet « auditeur » anonyme et impersonnel, sans aucune réalité dans l’espace ou le temps, auquel semblent destinés les sermons imprimés par Bretonneau. A force d’avoir été généralisés à l’usage de tous, ils ne s'adressent plus à personne. Qui pourraient-ils atteindre quand on les à dépouillés des traits individuels qui leur donnaient leur mordant? Non-seulement on n’a point laissé les circonstances ni les détails du temps et du lieu, éléments trop contingents et secondaires, dans la pensée du correcteur, pour intéresser cet auditoire général el indéfini que visera le livre, au lieu des auditeurs vivants; non seulement on a éliminé les mots un peu vifs ou qui ont paru, selon l’expression de Bretonneau, dans son averlissement des Dominicales, « d’un détail trop populaire et trop familier », mais le souci même de dire « quelque chose de sensible » a été atténué à l'excès
par la préoccupation de s'adresser surtout à l’intelligence, à la raison, aux facultés qu’on s’imaginait ne dépendre ni du temps ni de l’espace.
Nous avons vu en effet que la visée des éditeurs des sermons, se promettant surlout de propager, après la mort de l’orateur, la doctrine et les vérités qu'il avait enseignées vivant, et se désintéressant absolument de toute préoccupation d'édition historique, tendait à généraliser, sous prétexte d'étendre le bien à faire, tout ce qui paraissait tenir à un évènement contemporain. Par suite de leur travail de revision, le détail concretet personnel s’évapore, se subtilise à l'adresse d’une sorte d’auditoire vague, sans couleur, et voulu tel, pour n’avoir aucun reflet particulier, aucune nuance propre, qui empêchät la postérité de voir, à travers cettelameincolore, autre chose qu'une moraleoudes dogmes immuables et indépendants des révolutions de l’histoire.
Aussi les exemples mêmes qui sont par hasard conservés prennent une teinte indécise et des contours flottants. Si le cœur ou mieux la volonté de l’homme, si ses décisions et résolutions sont visées dans l’œuvre « retouchée pour la postérité », ce ne sera presque jamais par images secouant la sensibilité, mais par des arguments, des appels à la conscience, pour ainsi dire en dehors de toute condition particulière. C’est par la seule clarté portée dans Pesprit qu'on prétend les atteindre. En résumé, comme en mainte production du grand siècle, c’est la raison qui règne, imposant sa maîtrise, au point parfois d’exclure Pexereice de facultés plus soumises aux circonstances de pays, d'époque, de milieu. N'est-ce pas l’impression que Ducis « petit-neveu de Bourdaloue » a traduite à merveille quand il recommandait à sa femme, dans son testament, de bre souvent... cet admirable prédicateur, trésor de toute la doctrine chrétienne, théologie entière du simple chrétien de tous les climats et de tous les siècles 1?
1, Cité par le P. H. Chérot, dans l'appendice de la Généalogie de Bourdaloue, par M. J.-B. Tausserat, p. 117.
Il faudrait relire aussi et étudier même à ce point de vuê la préface rappelée plus haut !, que Bretonneau écrivit comme une sorte de manifeste ou de programme, au moment où il croyait clore par les Dimanches toute l’édition de Bourdaloue. On y voit l’énumération des qualités qu'il a voulu mettre en relief, peu soucieux apparemment des autres mérites oratoires de son auteur, de ceux en particulier qu’il regardait comme incommunicables,
De cette conception a pu et dû naître la suppression, l’atténuation pour le moins, d’une masse de détails que fort heureusement nous serons’ à même d’exhumer des recueils contemporains. Il est donc permis d'espérer que nous y retrouverons Bourdaloue tel qu'il fut, et, après tout, nous sommes aussi curieux dé connaître ses défauts que ses qualités. Mieux vaut même pour sa mémoire, son texte vivant, révélé malgré lui, qu'une physionomie de convention qui à contribué à lui donner un renom de froideur, de style incolore et uniforme, pour ne pas dire ennuyeux, que les manuscrits des copistes aideront certainement à détruire.
Sans multiplier les citations, je renvoie aux divers textes tirés de ces recueils anciens allégués dans cette Æistoire de sa prédication, et aux Sermons inédits déjà publiés, Que l’on compare, avec l'édition officielle le sermon pour le jour des Morts, d’après le manuscrit de Grenoble, et des extraits du texte de Phelipeaux, tels que je les ai édités ?. Est-ce que la «correction » du texte de Bretonneau ne nous laisse pas regretter tant de leçons plus familières qui ont disparu? Les apostrophes « à messieurs de la Religion » les allusions à «l'Eglise de Charenton », aux libertuns auxquels on démontre en vain que peut-être leur père souftre dans le purgatoire et qui « cependant, avec deux doigts de cervelle... s'amusent à raisonner et à dire :