‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 436 sur 475 · MP ATEN · texte numérisé non relu

MP ATEN

2, Revue de Lille, juin 1900.

mais s’il y est, mais s’il n’y est pas... » ; la peinture de cette femme de condition, qui pendant que l’on porte en terre son mari «se tient et demeure à la maison, où elle fait des singeries et des grimaces tout à fait ridicules.… fait lPépleurée et la désespérée dans un lit!» ; ne sont-ce pas là autant de détails qui révèlent un « Bourdaloue inconnu? »

Ce seront encore les collections contemporaines, imprimées ou manuscrites qui nous livreront les proverbes ou autres Lours populaires, soigneusement expulsés de l’édition officielle. Ils donnaient à la langue un ton alerte et coloré qu'on ne connait guère au Bourdaloue officiel ?.

Il n’est point jusqu'à des citations empruntées à des auteurs de l’antiquité, sans doute alors plus connues, que l’on ne rencontre dans ces textes manuscrits. Par exemple cette allusion à un mot de Lucien, qui de nos jours exige une note explicative, et dès le temps de Bourdaloue, supposait aussi un auditoire plus cultivé. Dans le portrait assez vigoureux d’un homme qui cherche à se faire illusion sur l’état de sa conscience on lit :

Sa conscience est un cloaque qui venant à être remuée, jetteroit une odeur et une puanteur qu'il ne pourroit supporter. Que fait-il, il la laisse en repos, il n’y veut pas toucher, il se commande à soi-

. même de ne l’émouvoir pas. Il se fait un point de conscience et de

conduite de ne remuer rien dans cette Camérine. Camerinam

ne moveas On conçoit que, sauf pour les érudits, une note explicalive devait être nécessaire, d'autant plus que dans le

1. Je ne parle point des vieux mots et des particularités de syntaxe archaïque, qu’il serait cependant si intéressant d'y recueillir, comme « blasonner », pour « blämer », etc.

2. Ainsi : « Que font nos hérétiques ? Ils tournent la médaille... » (Sermon sur les Morts, ibid., p. 15.) « Quand on allume deux chandelles par les quatre bouts, est-ce le moyen de les éteindre? » (Sermon sur la Correction fraternelle, éd. de 1692, t. 11, p. 74.)

3. Sermon surl'Ateuglement spiriluel, version encore inédite (ms.P.1v}, qu'il sera utile de comparer avec un de ses doublets déja publié. (Sermons

inédits, p. 46.)

manuscrit, le nom propre est défiguré. C’est « Camarina » et « Camarine » qu’il faut lire, et le dicton, extrait de Lucien !, est une allusion au lac de Sicile, voisin de la ville du même nom, qu'il infecte de ses exhalaisons, pour peu qu’on l’agite. D'où le mot des anciens : Camarinam ne mOveas. Mn xive Kauänwzs. Lucien disait : Gp2- 6e Guervoy nv got dxlvnroy Tv Kauäprvay 2.

Que dire, à ce propos, de la vigueur parfois quelque peu réaliste de certains traits, que l’édition ne nous présente guère qu'adoucis? Telles, ces descriptions du cadavre en pourriture que J'ai rapprochées de morceaux analogues empruntés à Giroust ?, et maint passage de même genre démontrant que les sermons de Bourdaloue, ont été, — on l’a dit très justement — édulcorés et « ternis » Ÿ dans l'édition.

I serait d’un détail infini de rapporter tous les exemples. On a vu de reste, comme Bretonneau, « écrivain d’un goût sûr et ferme » veille à la réputation littéraire de ceux qu'il édite, qu'il s’agisse de Giroust et de Bourdaloue #. Il les a expurgés avec scrupule de ces crudités qui pouvaient nuire à leur bon renom. Seulement, en corrigeant ce qu’il tient pour des fautes de goût, leur a-t-il, outre leur physionomie

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