MORT ÉDIFIANTE D'ANDRÉ D ORMESSON
n’est ce pas une tres grande grace que Dieu me fait de me retirer du monde à mon âge, et dans le commencement d'un employ agréable, parce que j'estois capable de me remplir le cœur de l'esprit du monde, de vanité d’ambition, d’intérest et de mille desirs qui pouuoient me corrompre et m'engager au péché, Je regarde cette grace, mon Père, comme la plus grande que Dieu nait faite.
. Dans cette mesme conversation il fit connoistre la grandeur de sa Foy, lorsque le Père Bourdaloüe l'excitant à faire des actes de foy, il se leua sur son lit auec une force surprenante qui marquoit le mouvement de son cœur, et luy dit: Oui; mon Père, Je crois en Dieu, je crois en sa parole, et parce que je crois en sa parole, et qu'il n'y peut manquer, car elle est éternelle et ne changera jamais, Je ne doute point de mon salut, Il est mon Pere, et je suis son fils, j'ay donc part à son royaume, oui, Jay ma part dans le ciel, Je suis coheritier auec Jesus-Christ, je partageray donc avec luy tous ses biens, Je le crois et je n’en puis douter, et puis se retournant vers le Pere Bourdaloüe, il luy dit, mais, mon Pere, ma confiance n'est-elle point trop grande, car ie sçay que ie n’en dois auoir qu'en la misericorde de Dieu parce que ie suis pecheur, mais je ne puis aussy douter de la verité de son Evangile, ni des promesses qu'il m'a faites... Non seulement durant sa maladie il ne tesmoigna point la moindre foiblesse en parlant de sa mort, mais il fortifia ceux qui paroissoient en estre affligez. J'en puis parler certainement puisque dans cette mesme conuersation qu'il eut avec le Pere Bourdaloüe, a laquelle j'estois présent debout au pied de son lit le regardant et ecoutant avec attention tout ce qu'il disoit, ajant remarqué que les larmes me tomboient des yeux, aussy tost que le Pere Bourdaloüe l’eut quité, voyant que ie le suiuois il me fit rappeler, et lorsque je fus aupres de luy, il me dit: quoy, mon pere, vous vous afoiblissez ; où est vostre force? Il faut auoir plus de courage, et prenant un air gay, etc.
J'ignore si Bourdaloue revint plusieurs fois à ce lit d’agonie !, les faits rapportés ici paraissant appartenir à une même entrevue; mais à Coup sûr, il n’en avait pas ‘besoin sinon pour s’édifier lui-même ; car les exhortations
étaient superflues pour préparer à la mort un chrétien de ce caractère.
1. V. note b, L.1v, à propos du 4 nov. 1686. Quelques fragments de lettres inédites de l'abbé d'Ormesson, Doyen du Chapitre de Beauvais, sur cette mort d'André son frère et d’un des fils d'André, vers le 8 septembre 1684.
OUVERTURE DE L'AVENT A FONTAINEBLEAU 579 Second Avent (septième station à la Cour).
Liste des Prédicateurs, Avent 1684, p- 4. En la Ville au Chasteau du Louvre, devant Sa Majesté. Le Reuerend Pere Bourdaloüe, Jesuite.
La Rue donnait cet avent à la Maison professe, Treuvé à Saint-Jacques du Haut-Pas; Faydit à Saint-Louis en l'Isle; enfin aux Nouvelles-Catholiques, on entendait tour à tour l’abbé de Bretteville, Anselme, du Jarry, et la station devait être couronnée, au 6 janvier. de l’année suivante, par le curé de Saint-Barthélemy, Pierre Cureau de la Chambre, dont le plus beau titre de gloire n’est pas d’avoir été nommé, comme son père le médecin, à l’Académie française, où il entra en 1670, sans avoir rien écrit !, mais d’être mort en 1693, dans l’exercice de la charité, en visitant les malades de sa paroisse.
Mercredi 1* novembre. — Ouverture de l’avent à
Fontainebleau.
De Fontainebleau ?, le 3 novembre 1684.
.... Le 1e" de ce mois feste de tous les Saints le Roy communia par les mains du Cardinal de Bouillon Grand Aumônier....
1. Son recueil de Sermons et discours, in-4, ne parut qu'en 1686. On n'a réimprimé de lui dans les Oraleurs sacrés de Migne que l'oraison funèbre prononcée au Louvre, devant les Académiciens, le 24 janvier 1684, celle de la reine Marie-Thérèse. Migne, Oraleurs sacrés, t. xXvI, col. 229-251, — On y rencontre sur la mort inopinée de la reine et sur l'évêque qui l'assista et qu'il nomme son pasteur (serait-ce Harlay?) un bizarre développement, ainsi qu'une explication trop ingénieuse, pour essayer de tourner en vue providentielle le fait que la reine ne put être administrée. V. p. 347 : « Oserais-je prendre la liberte d'avancer ici par forme de pieuse conjecture qu’il semble que Dieu ait permis qu'on n’eüt pas le temps d'administrer à cette princesse la sainte onction des mourants ; comme s'il avoit voulu nous montrer par là visiblement en quelque sorte l'innocence et la pureté de ses mœurs; la bonne odeur et l'onction miraculeuse de sa vie véritablement chrétienne, suppléant en quelque sorte au défaut de celle-ci. » Bossuet, dans son Oraison funébre, y a fait allusion plus discrètement : « Sa mort si précipitée et si effroyable pour nous, n'avait rien de dangereux pour elle.» Ed. Lebarq,t.vi, p 162. Cf, aussi, p.187: « Cette princésse est venue à sa dernière heure sans qu'elle eût besoin d'apporter à ce terrible passage une autre préparation que celle de sa sainte vie. »
2, Gazette de France du 4 novembre 1684, n°59, p. 7U8. Dangeau, que nous rencontrons désormais pour les sermons pièchés à la cour, ne dit rien de
L'après dînée Sa Majesté accompagnée de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dauphine et de Madame, entendirent la prédication du Pere Bourdaloue Jésüite, les Vespres et l'Office des morts chantées par la Musique.
Le P. Lauras place à cette année le sermon de la Toussaint Sur la récompense des saints, qui ouvre le premier Avent des éditions. Il s'appuie pour cela sur les mêmes paroles qui faisaient attribuer le sermon par Rochebilière à l’année 1670. C’est assez pour démontrer que les allusions sont vagues. Passons et n’affirmons que ce qui est certain.
3 décembre, 1‘ dimanche de l’avent, à Versailles. — De Versailles, le 8 décembre 1684.
Le 3, premier Dimanche de l'Avent, le Roy entendit la Prédication du P, Bourdaloüe Jesüite, dans la Chapelle du Château, où estoit aussi Madame la Dauphine, (Gazette de France, 4 décembre 1684, p. 780.)
Dimanche 3. — Le roi et Monseigneur allerent au sermon du P. Bourdaloue, qui devoit precher ici tout l’Avent (Dangeau, t. 1 p- 76.)
Vendredi 8 décembre. — De Versailles, le 15 décembre
Le 8 de ce mois Feste de la Conception, le Roy entendit dans la Chapelle du Château la prédication du Père Bourdaloüe Jesuite, et ensuite Vespres chantées par la Musique. Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Monsieur et Madame y assisterent. (Gazette de France du 16 décembre 1684, p. 792 )
Vendredi 8. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point; ils allerent au sermon du Pere Bourdaloue, à vêpres, et au salut, le soir il y eut appartement. (Dangeau, p. 78.)
10 décembre, second dimanche de l’avent. — De Versailles, le 11 décembre 1684. |
Le 10, second Dimanche de l'Avent, Sa Majesté accompagnée de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dauphine, de Monsieur et de Madame, entendirent aussi dans la même Chapelle (du château
celui-ci. Il écrit seulement que le roi et le dauphin (qui s'étaient confessés la veille au P, La Chaise) « firent leur bon jour », c'est-à-dire communièrent, etil ne parle ensuite que de la distribution des bénéfices, parmi lesquels deux sont accordés à Fléchier. V. ci-dessus, p. 122, note &