LES BESOINS DES CONVERTIS
conversion parfaite, que celle où l'ame demeure bien affermie, sans estre sujette à ces incertitudes qui rendent sa foy chancelante, ni à ces retours qui l’entraisnent dans ses premiers égarements & detruisent en elle l’œuvre de Dieu. Suivant ce principe, nous pouvons dire, que s’il y a beaucoup de catholiques nouvellement convertis, il y en a peu qui le soient pleinement & parfaitement, pourquoy ? parce qu'il y en a peu en qui la foy ne soit encore bien foible, & dont on ne doive craindre de scandaleuses rechutes.. Que faut-il pour cela (pour les fortifier ?) gagner leur esprit & leur cœur; leur esprit, en leur persuadant toûjours de plus en plus la verité de nostre religion, leur cœur, en les affectionnant à cette mesme religion et en la leur faisant aimer... 1
Plus loin, montrant à son auditoire l'obligation rigoureuse d'assister dans leur détresse les âmes plus encore que les corps :
.… Ne savez-vous pas, Mesdames, que c’est là le peril où se trouvent une infinité de pauvres à demi convertis ? Je dis à demi convertis : car malgré toutes les demonstrations exterieures & toutes les paroles qu'ils ont données, nous ne devons pas supposer qu'à leur égard tout soit déjà fait, & nous devons plustost supposer que tout est encore à faire. En effet, les uns, ainsi que je vous l'aÿ d'abord marqué, quoyque convertis de bonne foy, ne sont pas neanmoins bien establis dans la grace de leur conversion. D'autres sont dans le trouble & dans l'agitation qu'a dû leur causer un changement qui les éloigne de tout ce qu’ils avoient de plus cher, & qui les engage à une creance & à des pratiques où ils n’ont point été élevez. Quelques-uns demeurent dans une indifference & une froideur, qui ne les attache à rien ; & plusieurs enfin ne sont soumis que par force, & catholiques au dehors, ue le sont gueres dans le cœur... Il est donc vray que cette nombreuse multitude de nouveaux catholiques
est exposée à retomber dans l’heresie, à renoncer la foy & à se
damner... ?
Il serait précieux , on le voit, de pouvoir dater à coup sûr ce morceau, qu’une conjecture vraisemblable permet déjà de placer aux approches de la mission de Montpellier. Bourdaloue ne se méprenait donc pas sur les
LENS RATE 2. Ibid, pp. 127-198.