‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 75 sur 475 · APPEL A LA CHARITÉ DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

APPEL A LA CHARITÉ DES CATHOLIQUES

dispositions vraies des populations qu'il allait essayer de converir. Il est important de le constater, car cette remarque atténue singulièrement la portée d’une opposition assez malveillante dont nous rencontrerons bientôt l’expression, entre la méthode de controverse à outrance, attribuée à Bourdaloue, et les procédés plus insinuants qu'un document nous montrera mis en usage par le P. de Chevigny !.

Quand on fait un mérite à celui-ci d’avoir su gagner des artisans de Montpellier, « à la faveur de quelques discours tendres, en les accompagnant de ses exhortations de quelques aumônes qu’il avoit fait couler doucement », on a tort d'établir un contraste entre cette manière d'agir et celle de Bourdaloue. C’est oublier que dans l’exhortation en faveur des Nouveaux convertis, le jésuite professe le désir d’en agir de même :

On prèpare des missions pour leur instruction, disait-il, & je ne puis assez louer un dessein si digne du zele apostolique, Mais du reste 1l faut avant toutes choses que vous soyez vous-mesmes leurs missionnaires (Bourdaloue s'adresse aux dames charitables devant qui est prêché son sermon) : par où ? par vos libéralitez. Car pour appliquer icy la parole de saint Paul, Prius quod animale ; deinde quod spiriluale : le temporel ouvre la voye au spirituel, & c’est un des preparatifs les plus efficaces. Voilà ce qui conciliera aux ministres du Seigneur l'attention de ces nouveaux disciples, Voilà ce qui donnera de la force à leurs paroles, & ce qui appuiera leurs predications. Quand ces pauvres, que l'Eglise a recüeillis dans son sein, verront des Dames de qualité les chercher elles-mesmes, les visiter, les encourager, les aider, c’est ce qui les touchera. Ils concluëront qu'une religion qui inspire une charité si pure, n’est point aussi affreuse que leurs ministres la leur depeignoient..…. Il y a plus: en persuadant leurs esprits, vous gagnerez leurs cœurs. Car rien ne gagne plus le cœur que l'affection qu’on nous témoigne, & que le bien qu'on nous fait. Ils trouveront de la douceur dans la foi catholique, & par là ils la gousteront ; elle leur deviendra chere et aimable, Tel est le moyen dont se servoit le sauveur, mesme du monde. Pour sauver les ames, il guerissoit les corps, & à peine a-t-il operé l’un de

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