‹ Bourdaloué: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporainsChapitre 92 sur 475 · LE P. DE CHEVIGNY, DE L'ORATOIRE · texte numérisé non relu

LE P. DE CHEVIGNY, DE L'ORATOIRE

veneration singuliere fort augmentée par la grande benediction qu'ils n'ignoroient pas que Dieu avoit répandue sur les travaux.

C'est à cause de cette grande reputation que M. l’intendant voulut l'engager dans une mission qu'il faisoit faire, par les jésuites, à la ville de Montpellier pendant le careme, pour laquelle ils avoient fait venir de Paris leur fameux P. Bourdaloue, il s’y transporta (le P, de Chevigny) mais ce ne fut que pour faire trouver bon à M. de Bawville, qu'il retournat à son premier gite, pour soutenir l'ouvrage que Dieu par sa grace avoit mis en si bon train, plutôt que d’en commencer un autre avec de tels compagnons... :

L’experience lui avoit appris qu'il suffisoit de desabuser les esprits des preventions qu'on leur avoit inspirées contre l'Eglise et d'établir solidement et nettement la vérité de ses dogmes et la pureté de son culte mais qu’on avançoit peu, par la voye de la dispute, les esprits ne faisant alors que s’aigrir et se roidir d'autant plus qu’on faisoit plus d’efforts pour les convaincre, il en avoit vu de ses yeux la preuve recente dans Montpellier, dans une fameuse conference où le P, Bourdaloue, devant le Card. de Bonzy, et plusieurs autres grands seigneurs avoit longtemps et fort bien parlé (sans gagner personne) au lieu que luy P. de Chevigny, à la faveur de quelques discours tendres, qu'il avoit tenus à des artisans de Montpellier, chez qui le P. Gardey Pavoit conduit, en accompagnant ses exhortations de quelques aumosnes, qu'il avoit fait couler doucement !, il avoit eu la

consolation de les ramener à la foy 2...

1. M. O. Douen, dans son livre De l’Intolérance de Fénelon, a jugé avec indisnation ce procédé de « faciliter les conversions » ; il nous semble qu'entendu à la façon dont Bourdaloue le propose dans l'Exhortation citée plus haut, il doit bénéficier de la réponse faite par M. L. Crouslé. « Cet argent, avait écrit M. Douen,.,. Fénelon l'employait au besoin comme saint François de Sales, pour faciliter les conversions » ; cela résulte de la note insérée plus haut (p. 78), où les secours accordés à celles qui, apres être devenues catholiques, sont en besoin aprés élre sorties, figurent parmi les dépenses de l'établissement.» M. Crouslé reprend très judicieusement : « Ce passage que nous reproduisons scrupuleusement en soulignant ce que l’auteur a souligné, pourrait donner lieu sans doute à de longues discussions, Que M. Douen s’indigne de voir des personnes soustraites au protestantisme, cela nous parait fort naturel de sa part. Mais, que des secours aient été accordés à des personnes qui en avaient besoin après s'être séparées de leur communion et même de leur famille, c'est ce que la simple humanité, autant que la charité (sans tenir compte du zèle du prosélytisme) pouvait souvent exiger. J'en crois sans difficulté le P. Bourdaloue, lorsqu'il dit... (dans l’exhortation citée) : « De quel œil désormais les regarde tout le parti qu'ils ont abandonné ? On les dénonce aux assemblées comme des déserteurs, etc. » (T. x1r, Dati) Crouslé, Fénelon et Bossuet, t. 1, p. 39, note 16.

2. Mission du diocèse de Nismes. T. 11 d’un ms. in-4 sur l’Oratoire,

OUVERTURE DU CARÈME 633

La conférence à laquelle fait allusion le document oratorien sur le P. Chevigny ! est sans doute une des controverses prêchées par Bourdaloue, dans l’église des Jésuites de Montpellier, car les mémoires du temps nous apprennent que « quatre fois la semaine (à dix heures et demie du matin), il faisait le sermon du carême à la cathédrale, et les autres jours, prêchait, l'après-midi, la controverse et répondait aux questions qui lui étaient proposées |}, » menant de front ainsi le carême de la cathédrale et une active participation à la mission prêchée dans le même temps par les jésuites.

27 février, jour des Cendres. — Ce fut le début de la station de carême, et c’est la première date de prédication constatée, bien que, du jour de son arrivée (17 février) à ce premier sermon, Bourdaloue ait pu se faire entendre. Toutefois, d’après le texte conservé de l'apostrophe aux nouveaux réunis, imprimée dans le second sermon pour le Mécredy des Cendres, celui sans doute qui fut donné à cette date, 1l s’agit d’un véritable salut de bienvenue et d’une entrée en matière adressée aux habitants de la ville.

C’est ce que j'entreprends de vous faire voir (linstitution salutaire

de la pénitence figurée par les cendres), & par où je commence à n’acquitter auprés de vous du ministere dont Dieu m'a chargé & que Jay à remplir pendant tout ce saint temps de Caresme, Vous, mes Freres, qui par la misericorde du Seigneur avez enfin renoncé au schisme pour vous réünir à l'Eglise. Vous pour qui je suis particulierement envoyé ; que je regarde icy comme le premier objet de mon séle "9 (T1, p? 99).

Ces paroles de lPorateur, datant un des discours de Bourdaloue, n’ont pas été assez remarquées, bien que

appartenant à la Bibl. de l'Oratoire de l’Immaculée Conception située rue du Regard. Le P. Trochon me l'a prêté et j'y ai copié ce qui précède sous le n° 235 ; il n’est pas paginé. (R)

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