‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 103 sur 341 · Mystères, t. X, p · texte numérisé non relu

Mystères, t. X, p

caractères de sa naissance misérable, notre amour des honneufs, des richesses et des plaisirs de la chair. La morale, ici, non-seulement sort du mystère comme la conséquence du principe ; mais elle l'explique, elle en est le motif, la raison dernière, et comme on dirait en philosophie, la cause finale.

Ainsi, dans les sermons même plus spécialement consacrés aux mystères de la religion, Bourdaloue prêche le dogme sans doute, mais en le considérant du côté par où il confine à la morale. D'autre part, Bourdaloue, dans ces sermons, n'entre guère dans une morale détaillée, conmie il le fait si souvent ailleurs. Il semble qu'il veuille incliner le dogme vers la morale et la morale vers le dogme, de façon à les rapprocher, à les unir, à les confondre. Toujours son œil pénétrant de moraliste démêle au sein même du mystère une leçon pratique, et jamais il ne rappelle aux hommes ce qu'il faut croire sans leur enseigner du même coup ce qu'il faut faire.

Doit-on penser avec M. Nisard * que cette prédominance de la morale sur le dogme, qu'il a si justement relevée chez Bourdaloue, soit un premier afTaiblissement du sermon, un premier pas vers la décadence? Nous ne saurions aller aussi loin. Ce serait une erreur de croire que Bourdaloue conduise naturellement à Massillon et aux prédicateurs du dix-huitième siècle. Ne prenons pas le change sur ce point important. Rarement, il est vrai, dans les sermons de Bourdaloue, le dogme est prêché d'une manière explicite ; mais, s'il occupe moins d'espace, an fond sa part n'est pas moindre : il est toujours invisible et présent. La morale, chez Bourdaloue , n'est nullement séparée du dogme ; elle s'appuie toujours sur lui ; elle le

• 1. Histoire de la Littérature française^ t. IV, p. 290.

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