‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 104 sur 341 · DOGME ET MORALE INSEPARABLES · texte numérisé non relu

DOGME ET MORALE INSEPARABLES

suppose et l'implique. C'est la seule partie de la religion qui se détache devant les yeux ; c'est Tédifice qui sort ie terre ; mais on n'oublie pas un seul instant que cet édi- Bce repose dans toutes ses parties sur un fondement unique et inébranlable, et que ce fondement, c'est le dogme catholique. Massillon, le premier, a isolé la morale du dogme, de telle façon qu'elle semble reposer sur elle-même, et souvent se rapproche beaucoup de la morale purement humaine. Massillon est déjà un de ceux qui. selon l'expression du cardinal Maury, « sécularisent la religion. » Il arrive qu'on lise plusieurs pages de l'auteur du Petit Carême sans que rien, excepté quelques citations de l'Écriture et des Pères, avertisse qu'on a sous les yeux l'œuvre d'un prédicateur chrétien ; on croirait lire quelque traité philosophique et profane. 11 n'est pas une page, chez Bourdaloue, où l'on puisse s'y tromper : sa parole conserve toujours cette forte saveur chrétienne qui s'affaiblit dans la prédication de l'évêque de Clermont. Il ne laisse pas croire qu'il y ait de probité sans religion, pas plus que de religion véritable sans probité : c'est le sujet d'un de ses plus beaux discours *. Quand il combat l'orgueil humain, ce n'est point par des lieux communs philosophiques ; c'est par l'exemple de son Dieu volontairement humilié dans son incarnation. «Oubliez, chrétiens, tous les autres motifs dont on s'est servi pour vous donner horreur de ce péché ; comptez pour rien tout ce qu'on vous a fait entendre de l'injustice de l'orgueil, de son indignité, de sa vanité, de ses extravagances pitoyables, de ses honteux emportements, de ses aveuglements grossiers, de ses insupportables présomptions, de ses ridicules fiertés, de ses basses et odieuses jalousies. C'étaient des raisons fortes et pressantes, mais encore trop humaines : il en fallait une prise de la sainteté même du christianisme, et dont nous ne pussions nous défendre sans renoncer à notre foi *. »

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