Mystères, 3wr fa Trés-Sai7U€ Trinité, t, X, p
Démontrer ainsi à la raison qu'elle se renonce et s'abdique elle-mêmCj l'arrêter pour ainsi dire à chaque degré de son sacrifice pour lui en faire mesurer la profondenr, cette audace de foi a je ne sais quoi de généreux et de saisissant. Aujourd'hui cette audace serait de la témérité. Nos prédicateurs se montrent à bon droit moins curieux d'abaisser la raison que de la satisfaire; ils ne lui proposent pas sans précaution ce qui l'offusque davantage, et ne vont point, de gaieté de cœur, creuser plus profondément l'abîme qui la sépare de la foi. Cet abîme, au contraire, élargi peut-être par bien des malentendus, ils s'efforcent, non pas de le combler tout à fait, ce qui serait une chimère, mais de le rétrécir; heureux si là foi et la raison pouvaient enfin, d'un bord à l'autre, se donner la main ! Ce qu'il y a d'incompréhensible dans le myst-ère ferait aujourd'hui l'objet d'une concession; mais l'orateur se hâterait de développer les motifs qui inclinent Tintelligence à admettre l'inexplicable. C'est là le grand efTort de l'apologétique chrétienne; et que senties plus illustres des prédicateurs contemporains, sinon des apologistes? Cette raison superbe, impuissante à entamer le roc inébranlable du dogme, n'en a pas moins contraint la sainte milice à changer son armure et à combattre autrement.
Mais, j'ai hâte de l'ajouter, accorder à la raison une très-large place dans la prédication du christianisme comme dans la croyance elle-même, ce n'est point se mettre en désaccord avec Bourdaloue; car, s'il prêche les doctrines les plus âpres avec une franchise austère et quelquefois un peu rude, sans se mettre en peine de les adoucir pour les faire plus aisément agréer, s'il n'hésite point à humilier la raison devant la foi, il est fort éloigné de croire qu'il faille nécessairement immoler Tune à l'autre. Nonseulement il rend hommage à la raison humaine par la confiance qu'il lui témoigne, en cherchant sans cesse à la convaincre, et en ne s'ad ressaut qu'à elle seule ; mais c'est une doctrine très-arrêtée chez lui, et mainte fois développée avec une grande force, que la raison est nécessaire à la