LA MORALE
SOMMAIRE
I. Morale exacte, mais sévère de Bourdalouc. — Il parle rudement^ aux grands et aux riches. — Ua peu de rigidité quelquefois. — Le directeur en lui n'était pas moins exigeant que le prédicateur. — II. Comment cette sévérité est la contre-partie des Provinciales. — Confrontation des Provinciales et des Ser mons. — Tous les relâchements reprochés par Pascal aux jésuites sont formellement condamnés par Bourdaloue. — III. Mais Bourdaloue évite avec soin Texcès de la sévérité. — Esprit de modération éclairée qu'il porte dans la morale. — Il montre tour à tour le côté terrible et le côté consolant de la religion. — Comment il prêche le mystère de lia prédestination et de la grâce. — Comment il voulait qu'on prêchât sur le petit nombre des élus. — IV. Pourquoi Bourdaloue combat sans cesse la morale outrée des Jansénistes. — Dangers qu'elle présente : elle décourage les faibles; elle fournit des prétextes aux libertins. — Les jansénistes de salon au dix-septième siècle. — Caractère exclusif du jansénisme également combattu par Bourdaloue. — Salut possible à tous. — Accomplissement des devoirs d'état constamment prêché. — Esprit de censure et de calomnie reproché par Bourdaloue aux jansénistes. — Comment Bourdaloue leur répond. — Il les traite quelquefois durement. — Ce qu'il faut penser des jansénistes en bien et en mal. — Leu;rs violences et leurs procédés de polémique expliquent et excusent les rigueurs excessives de Bourdaloue à leur égard. — V. Esprit pratique de la morale de Bourdaloue. — 11 donne des règles de conduite précises et détaillées. — Il traite volontiers les sujets les plus humbles de morale pratique. — Son sermon sur la Tempérance chrétienne,
— La prédication chez Bourdaloue peu différente de la direction. — VI. La dévotion. — Esprit de zèle, mais aussi de prudence clairvoyante qui inspire Bourdaloue en ces matières. — Écueils et dangers qu'il signale. — Fausse dévotion qui fait passer le conseil avant le précepte. — Dévotion tout extérieure.
— Mysticisme : illusions de l'oraison extraordinaire. — Bourdaloue et le quiétismc. — Opposition entre la spiritualité de Bourdaloue et celle de Fénelon. — VIII. — La politique de Bourdaloue est la même que celle de Bossuet. — Le droit divin. — Droit absolu, mais devoirs et responsabilité terrible des rois vis-à-vis de Dieu. — La puissance séculière mise au service de la religion. — L'inégalité des conditions et le but providentiel de la richesse selon Bourdaloue. Admirable théologie de l'aumône. — Le superflu du riche doit être le néces-
sairo du pauvre. — La charité chrétienne, vertu sociale. — VIIL Hémmé et conclusion de la seconde partie. — Conformité parfaite de renseignement doctrinal de Bourdalouo avec les goûts, les tendances elles besoins relioieu de son époque.
Nous venons d'examiner rapidement ce qui, dans la doctrine de Bourdaloue, touche plus spécialement au dogme et à la foi. Passons maintenant à la morale. Gi nous le savons déjà, la partie la plus importante de la prédication de Bourdaloue, la matière accoutumée de son enseignement. Il faut donc s'y arrêter davantage, d'autant plus qu'à la morale proprement dite nous rattachons ce qui ne saurait en être séparé, la dévotion et la politii
t( Etes- vous de la morale étroite, ou êtes- vous de la morale relâchée? Bizarre question, dit Bourdaloue, qa fait quelquefois à un directeur avant que de s'en er sous sa conduite... A de pareilles demandes, que p répondre?..» sinon que je suis de la morale de J *• Christs )) C'est en efCet à prêcher la morale chréti* dans sa pureté première et dans son intégrité, sansToatrer, sans l'affaiblir, que Bourdaloue s'est appliqué. En matière de morale, comme en matière de foi, l'orthodoxie de Botffdaloue est irréprochable.
Mais quoiqu'il n'ait jamais été suspect de donner < aucune erreur, on se convaincra sans peine en lisant au hasard quelques sermons, que, s'il penchait d'un côté, Ce ne serait point vers le relâchement. Ne disons pas, puisqu'il nous l'interdit, qu'il est de la morale étroite; mais disons qu'il est de la morale sévère. Nous marquerons plus bas comment il tempère ses rigueurs, et avec quel soin il se garde de tout excès; mais, nous devons le remarquer tout d'abord, la sévérité est le caractère dominant de sa prédication moi'ale, celui qui frappe davantage, le seul qui se rencontre chez lui partout et toujours.