Pejuées diverses sur la dévotion, t. XIV, p
La loi chrétienne, absolue dans son autorité, innnuable dans ses prescriptions, également obligatoire pour tous les hommes dans toutes les conditions et dans tous les siècles, n'a jamais trouvé d'interprète plus inflexible que Bourdaloue. Si un abus est général de son temps, et comme entré dans les mœurs, ce n'est pas une raison pour que le prédicateur l'épargne, et semble l'autoriser par son silence; c'est une raison, tout au contraire, pour qu'il le combatte avec plus d'énergie et d'obstination. 11 ne souffre pas que la morale de l'Évangile se soumette aux exigences du monde et de la vie : quand il s'agit du devoir, toutes les considérations d'intérêt temporel n'entrent point en ligne de compte. Ainsi un des désordres les plus ordinaires sous l'ancien régime, et qui tenait à la constitution même de la société, c'était le droit que s'arrogeait le père de famille de disposer arbitrairement de ses enfants, et de les consacrer soit à TÉghse, soit au monde, sans égard pour leur vocation. Bourdaloue s'élève souvent et avec une grande force contre ce mépris des droits de Dieu ; il n'admet sur ce point ni transaction ni excuse.
a Et ne me dites point, mes chers auditeurs, que, sans cette voie si ordinaire d'obliger vos enfants à embrasser l'état de l'Église ou celui de la religion, vous êtes dans l'impuissance de les établir. Abus. Ce n'est point à moi d^entrer avec vous en discussion de vos affaires domestiques^ ni d'examiner ce que vous pouvez et ce que vous ne pouvez pas; mais c'est à moi de vous dire ce que la loi de Dieu vous ordonne et ce qu'elle vous défend. Or, que Timpuissarlee où vous prôtetldez être soitvt*aic ou qu'elle soit fausse, jamais il ne»scra permis à un père de disposer de ses enfants pour la vocation, jamais de leur chet*cher un patrimoine dans l'Église, jamais de regarder la religion comme une décharge de sa famille; et s'il le fait, il irHtë DieU. Qu'il les laisse dans un état moins opulent : ils en seront moins exposés à se perdre, et n'en deviendront que plus fidèles à leurs devoirs; qu'il les abandonne à la Providence : Dieu est leur père, il en aura soin. C'est ce que je pourrais vous répondre ; mais je ne vous dis rien de tout cela ; et voici à quoi je m'en liens. Car, quoi qu'il puisse arriver dans la suite, j'en reviens toujours à
mon principe, qu'il faut être chrétien et obéir à Dieu ; que Dieu ne veut pas que la vocation de vos enfants dépende de vous, et que vous ne devez point là-dessus vous ingéorer dans une fonction qui ne fut ni ne sera jamais de votre ressort. Voilà ce que je vous déclare, et c'est assez *. »
Ces paroles, d'une autorité tout à la fois si calme et si ferme, ne s'adressaient, on le comprend, qu'aux classes favorisées de la société. L'auditoire ordinaire de Bourdaloue ne se composait guère en effet que de grands et de riches. 11 ne leur dissimule point qu'à ses yeux la fortune et le rang ne leur confèrent d'autre privilège que des devoirs plus nombreux, des responsabilités plus lourdes, et des périls plus menaçants. Quand on voit, par exemple, toutes les obligations que Bourdaloue impose aux maîtres à 1.' égard de leurs domestiques, on est tenté de retourner le mot d'une comédie fameuse et de se demander combien de valets voudraient, à ce compte, devenir maîtres. De même, l'ambition est doublement insensée, d'abord en ce qu'elle poursuit des biens fragiles et périssables, mais surtout parce que ces biens mêmes apportent avec eux des charges et des devoirs dont la seule énumération « ferait trembler *. » Mais les grands du monde, oubliant ces vérités rigoureuses du christianisme, semblent croire qu'il y ait pour eux « d'autres principes de religion que pour le jpste du monde, » et l'on dirait qu'ils ont « un titre pour se faire une conscience différente en espèce et en qualité de celle des autres hommes. »
« Cependant saint Paul nous assure qu'il n'y a qu'un Dieu et une foi, et malheur à celui qui le divisant, ce seul Dieu, le représentera à la cour moins ennemi des dérèglements des hommes que hors de la cour, ou qui, partageant cette foi, la supposera phis indulgente pour une condition que pour l'autre !... Anathùme à quiconque vous dira jamais qu'il y ait pour
1. Dominicales, l" dim. ap. TÉpiphanie, sur les Devoirs des pèi^s, elc... l" partie, t. V, p. 13.