‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 121 sur 341 · V., à la iiu de ce cliapitrC; la Politique de Uourdaloue · texte numérisé non relu

V., à la iiu de ce cliapitrC; la Politique de Uourdaloue

vous d'autres lois de conscience que ces mêmes lois sur lesquelles les derniers des hommes doivent être jugés de Dieu, et anathème à quiconque ne vous dira pas que ces lois générales sont pour vous d'autant plus terribles que vous avez plus de penchant à vous en émanciper, et que vous êtes, à la cour, dans un plus évident péril de les violer ^ »

Quoique Dieu soit « égal à tous, » les puissants et les riches se sauveront plus difficilement que les autres; le jugement dernier leur sera plus redoutable, et Bourdaloue semble entrevoir avec la joie du triomphe cette réparation suprême au profit du faible et du pauvre.

Maintenant, c'est le crédit qui l'emporte, et qui a presque toujours gain de cause ; le plus fort a toujours raison, quoi qu'il entreprenne... Malgré la justice et les lois, le faible succombe presque toujours... Mais, Seigneur, il trouvera enfin auprès de vous ce qui lui aura été refusé à tous les tribunaux de la terre ; vous viendrez plein d'équité et de zèle, et vous prendrez la défense de l'orphelin, afin que le puissant, que le grand qui avait tant abusé de sa grandeur cesse de se glorifier : Judicare pupillo et humili, ut non apportât ultra ma^ gnifîcare se homo super ten^ram {Psalm, 9). Jusque-là il aura toujours eu le dessus ; jusque-là, fier de ses succès, parce que rien ne lui résistait, il aura passé, non-seulement pour le plus fort, mais pour le plus habile, pour le mieux établi dans ses droits, pour le plus digne d'être distingué et honoré ; jusque-là il se sera fait une fausse gloire et un prétendu mérite de ses violences mêmes ; mais vous le détromperez bien alors. Seigneur, et vous lui ferez bien rabattre de ses vaines idées : Ut non apponat ultra magnificare se 2.

Ne reprochons pas à Bourdaloue ces paroles sévères, et, quand il rappelle à des courtisans insouciants ou libertins les terribles expiations qui les attendent par delà

i. Premier Avant, 3« dimanche, sur la Fausse conscience^ 1»"« partie, t. I, p. 114-115.

2. Second Avent, !«' dimanche, sur le Jugement çienxier, 2« partie, t. I, p. 267-268,

le tombeau, ne soyons pas surpris qu'il se montre volontairement un peu dur. Il fallait frapper fort pour ébranler le cœur de ces hommes d'intrigue et de plaisir. Bourdaloue a senti que, devant le brillant et licencieux auditoire qui fut d'ordinaire le sien, la parole de Dieu devait se faire entendre dans toute sa fbrce et son austérité. Mieux valait à ses yeux secouer l'indifférence des mondains, au risque de contrister leurs âmes, que d'encourager leur dissipation par des ménagements qu'on ne doit qu'aux simples. Et parmi ceux mêmes qui faisaient profession de pratiquer le christianisme, combien ne s'en trouvait-il pas, au sein de cette société religieuse de mœurs et do tradition, qui se conformaient aux préceptes par bienséance ou par habitude, se faisant de leur exactitude même un prétexte pour s'abandonner à une sécurité trompeuse! Ils s'endormaient au bord de l'abîme sans le voir : Bourdaloue, rudement, leur ouvre les yeux. Delà tant d'avertissements, tant de menaces, quand il aborde ces sujets qu'il ne croit pas pouvoir trop souvent traiter : la fausse conscience, la fausse paix, la fausse pénitence. (î Personne, nous dit-il, ne sait s'il est en état de grâce ou s'il n'y est pas *. » Nous sommes tous, à cet égard, dans une incertitude absolue : « incertitude affreuse ! » s'écrie-t-il ailleurs ^. Mais ceux-là surtout doivent trembler qui, après qu'ils ont fait ou cru faire pénitence, retombent dans leur péché. La rechute dans le péché, c'est la marque presque certaine d'une pénitence fausse.

«Ah ! elirétiens, que cette vérité est terrible pour un homme du siècle emporté par le libertinage de sa passion, mais qui néanmoins a encore de la religion, de dire que la pénitence, qui est pour les autres, après le péché commis, un sujet de confiance, lui devienne, en conséquence de ses rechutes, un sujet de crainte et d'effroi ! Ce qui devrait être la source de son repos est la cause de ses plus mortelles inquiétudes, et nonseulement il doit être troublé du péché passé, mais même de la

1. Retraite spiritueUe, 4^ jour, 3e méditatiou, t. XVÏ, p. 107.

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