Ibid, 2e jour, i>-e méditation, t. XVI, p
contrition et de la pénitence passée... Très-souvent ce que je prends pour pardonné est ce qui me rend plus que jamais enfant de colère ; tout péché me peut perdre ; mais il y a une pénitence plus capable de me damner que mon péché même, parce qu'elle l'entretient, sous ombre de le guérir... C'est celle qui.., ne me garantit point de mes malheureuses rechutes ^
Quoi donc ! la fragilité et l'inconstance humaines ne suffisent-elles point à expliquer bien des retours vers le mal, même après des repentirs profonds et des renoncements sans arrière-pensée ? L'esprit a-t-il cessé d'être prompt, et la chair d'être faible ? et l'homme qui a chassé un démon de sa demeure ne sera-t-il point exposé encore à de cruelles défaites, quand son ennemi reviendra, accompagné de sept autres démons plus forts que lui ? Bourdaloue ne le méconnaît pas. Mais ce côté de la vérité, s'il y insistait, serait rassurant, et il est des pécheurs que Bourdaloue ne veut pas rassurer.
« Je sais que cette morale peut causer du trouble à quelques consciences; mais plut à Dieu que je fusse aujourd'hui assez heureux pour produire un effet si salutaire ! car je parle à ces consciences criminelles que de fréquentes rechutes ont confirmées dans l'iniquité. Or l'unique ressource pour elles est qu'elle soient troublées par la parole de Dieu. Aussi, bien loin de craindre de les troubler, mon unique crainte serait de ne les troubler pas ou de ne les troubler qu'à demi... Mais cela les pourrait désespérer. — Eh bien ! quel mal de les désespérer pour un temps, afin de rétablir en eux l'espérance pour jamais -1
Paroles éloquentes, qui, pour être inspirées par le zèle d'une charité courageuse, ne perdent rien de leur énergique rudesse. On ne saurait en effet le contester, il y a chez Bourdaloue une tendance h traiter les âmes par les remèdes vigoureux, plutôt encore qu'à les gagner par les ménagements et les égards ; et cette tendance, conforme
1. Dominicales, 18® dim. ap. la Pentecôte, sur la Rechute dons le péché, ire partie, t. VII, p. 164-165.