‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 131 sur 341 · Neuvième lettre · texte numérisé non relu

Neuvième lettre

manger tout son soûl sans nécessité, et pour la seule volupté ? Oui, certainement, selon Sanchez, pourvu que cela ne nuise point à la santé, parce qu'il est permis à Tappétit naturel de jouir des actions qui lui sont propres... » La gourmandise ne serait péché véniel, selon Escobar, que « si, sans aucune nécessité, on se gorgeait du boire et du manger jusqu'à vomir ^ » — Bourdaloue a prononcé un sermon sur la Tempérance chrétienne ^. Les premiers mots de la première partie suffisent à faire voir qu'il n'est pas de l'école prétendue d'Escobar et de Sanchez. Après saint Grégoire pape, il « remarque surtout trois désordres que la tempérance chrétienne doit retrancher, en ce qui regarde la subsistance et la nourriture du corps. »

« Premièrement, elle nous en doit ôter raffection, c'est-àdire un certain attachement servile qui rend l'homme en quelque manière esclave de son corps ; secondement, elle en doit modérer l'excès qui souvent nous en fait user hors du besoin et de la cessité; troisièmement, elle en doit bannir la délicatesse, si contraire à l'obligation que le christianisme nous impose de cnicitier notre chair avec ses passions et ses désirs corrompus. »

Citerons-nous encore les maximes indulgentes du jésuite des Provinciales sur le luxe et sur la parure des femmes qui peuvent sans péché « satisfaire l'inclination naturelle qu'elles ont à la vanité ^? » Nous trouverions sans peine à mettre en regard bien des passages sévères de Bourdaloue contre ces femmes « qui semblent n'être sur la terre et n'avoir une âme que pour servir leur corps;... uniquement occupées à le parer, à le nourrir, à l'embellir, à le plâtrer;... qui en feraient, s'il leur était possible, l'idole du monde, et en font, sans y penser, une victime de l'enfer *. »

i. Neuvième lettre.

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