Sur la Sévérité de la péniteiwe^ t. T, p
contre-partie, rarement il la néglige. Le passage même que nous venons de citer, où Bourdaloue s'engage à prêcher tout ensemble « le Dieu terrible dans ses jugements et le Dieu de toute consolation, » est emprunté au sermon sur la Sévérité de la Pénitence^ où le prédicateur fait voir tour à tour et la nécessité d'une pénitence sévère, et la douceur de cette sévérité même. Dans un autre discours, après avoir fait une peinture effrayante du jugement dernier par le développement de cette pensée, que Dieu y vengera lui-même sa majesté outragée, il rassure les hommes de bonne volonté, et termine par une pressante exhortation à la pénitence.
« Aimable pénitence, disait saint Bernard, en vertu de laquelle je puis prévenir le jugement de Dieu ! Et moi, je dis, chrétiens : Heureuse pénitence ! par où je puis venger Dieu, apaiser Dieu, satisfaire à Dieu!... Écoutez, mes frères, vous dont le salut me doit être plus cher que ma vie, et pour la conversion de qui je me sens, si je l'ose dire, un zèle tout divin ; vous pour qui, s'il m'était permis, je voudrais, à l'exemple de l'Apôtre, être moi-même anathème, écoutez aujourd'hui la voix de Dieu, et n'endurcissez pas vos cœurs. Ce Dieu, que vous avez méconnii, a encore pour vous des grâces de réserve. Gomme son bras n'est pas raccourci, il est encore prêt à se laisser fléchir par votre pénitence et par vos larmes... Tout juge qu'il est, malgré vos égarements, il a encore pour vous toutes les tendresses d'un père, et du père le plus charitable... C'est de votre part, mon Dieu, que je parle, et je ne crains pas de pousser trop loin les idées que je leur donne de votre divine clémence, puisqu'elle surpasse encore infiniment toute la charité que j'ai pour eux*.
Paroles émues, comme il s'en rencontre trop rarement chez Bourdaloue, mais animées d'une charité d'autant plus sensible et pénétrante qu'elle reste grave et contenue. Les jansénistes, si prompts à se scandaliser qu'on n'imposât point l'amour de Dieu comme un précepte rigoureux
1. Deuxième Avent, !•' dim., sur le Jugement dernier^ t. I, p. 255