ESPRIT DE MESURE ET DE DOUCEUR
et formel, n'inspiraient pourtant, par leur doctrine, que la crainte, et non l'amour. La doctrine de Bourdaloue, si sévère qu'elle soit, inspire l'un et l'autre.
M II ne vous est point permis de craindre Dieu sans l'aimer ; il faut qu'en le craignant vous l'aimiez, et que vous l'aimiez encore plus que vous ne le craignez; sans cela votre crainte n'est qu'une crainte servile, qui "ne suffit même pas pour le salut * . »
Et comme l'amour ne saurait se concevoir sans une certaine confiance, qui élargit le cœur et provoque l'abandon, l'austère parole de Bourdaloue s'attendrit quelquefois, lorsqu'à la réprobation qui effraie il fait succéder la promesse qui console. Vous êtes pécheurs, dit-il à ses auditeurs après leur avoir montré saint Etienne pardonnant aux furieux qui le lapidaient.
€ Vous êtes pécheurs, et peut-être, au moment que je vous parle, votre conscience est-elle dans un désordre qui vous doit faire trembler ; mais espérez tout, si vous pouvez vous résoudre à aimer chrétiennement cet homme qui s'est tourné contre vous, et dont vous avez reçu une injure qui vous blesse; car cette victoire que .vous remportez sur vous-mêmes, ce sacrifice que vous faites de votre ressentiment, est une preuve convaincante que vous aimez Dieu ; et dès que vous aimez Dieu, vous êtes en grâce avec Dieu... Je finis, chrétiens, en vous conjurant d'imiter la charité de ce saint martyr, de l'exercer comme lui, cette charité si digne de la perfection et de l'excellence de votre foi; cette charité que le paganisme n'a point connue, et que la nature ne peut inspirer. Pardonnons, ^fin qne Dieu nous pardonne ; car il nous traitera avec la même indulgence que nous aurons eue pour les autres; il nous rendra bien pour bien et grâce pour grâce ; autant que nous aurons remis d'offenses, autant il uous en remettra. Disons mieux : Pour une offense remise, il nous remettra toutes les nôtres 2... »
1. Deuxième Avent. !«»" dim., sur le Jugeme^H dernier^ t. I, p. 269.