‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 145 sur 341 · Pensées. De C Humilité et de V orgueil ^ t. XIV. p · texte numérisé non relu

Pensées. De C Humilité et de V orgueil ^ t. XIV. p

Pour expier une heure, il faut Téternité.

Mon juge est un bourreau qui trompe sa victime.

Pour moi, tout devient piège et tout change de-nom,

Et l'œuvre des sept jours n'est que tentation. Je ne garde plus rien de la nature humaine ; • •«•••••••••••«••••••

Mon seul guide est la peur, et mon seul but la mort.

On me dit cependant qu'une joie infinie

Attend quelques élus. — Où sont-ils, ces heureux? ^

Si vous m'avez trompé, me rendrez-vous la vie?

Si vous m'avez dit vrai, m'ouvrirez-vous les cieux?

Hélas ! ce beau pays dont parlaient vos prophètes,

S'il existe là-haut, ce doit être un désert.

Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites * !...

Telle est l'idée que se faisait de la religion chrétienne cette âme blessée, mais sincère, tristement partagée entre un scepticisme inquiet et des aspirations impuissantes, qui ne put jamais, comme Byron, « dire à l'espérance un éternel adieu, » et dont la pensée incrédule revenait souvent au christianisme pour en proclamer la ruine et pour la déplorer, comme un enfant orphelin revient sans cesse à la place vide où s'asseyait sa mère. Mais le christianisme, tel que se le représente Alfred de Musset dans ces beaux et douloureux vers, est la religion de Jansénius, non celle de Bourdaloue. Le judicieux jésuite avait bien compris qu'un des plus graves dangers d'une sévérité excessive, c'était d'éloigner les faibles par le découragement et le désespoir.

Cette sévérité avait à ses yeux un tort plus grave encore : elle causait une secrète joie au libertin, « ravi, dit Bourdaloue, qu'on lui exagère les choses, pour être en quelque manière autorisé par là à n'en rien croire ou à n'en rien faire, et qu'on lui en demande trop, pour avoir un spécieux prétexte de renoncer à tout : c'està-dire que de ces caractères outrés de la pénitence, qu'il paraît néanmoins estimer, et à quoi il donne de faux éloges, il ne tire point d'autre conclusion que de

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