‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 146 sur 341 · JANSÉNISTES MONDAINS · texte numérisé non relu

JANSÉNISTES MONDAINS

se confirmer dans son impénitence. Car voilà, nies chers auditeurs, le raffinement du libertinage de notre siècle : on veut une pénitence extrême, sans adoucissement, sans attrait, parce qu'on n'en veut pas du tout. Si je la faisais, dit-on, c'est ainsi que je la voudrais faire ; mais on en demeure là, et l'on se sait bon gré de cette disposition prétendue où l'on est de la bien faire, supposé qu'on la fît, quoiqu'on ne la fasse jamais. Ou tout ou rien, dit-on; mais bien entendu qu'on s'en tiendra toujours au rien, et qu'on n'aura garde de se charger jamais du tout. Ainsi raisonne le libertin *.... »

Il n'était pas rare en effet que des mondains bien connus pour n'être point sévères à eux-mêmes se fissent avec éclat les défenseurs de la plus étroite morale. Le dixseptième siècle a connu deux espèces fort différentes de jansénistes. Les uns étaient les jansénistes véritables, ceux de la première heure, hommes de secte, hommes de parti, prévenus, remuants, violents quelquefois, mais rigides pour eux-mêmes comme pour les autres, inflexibles dans leurs principes, fervents dans leurs convictions, irréprochables dans leurs mœurs. Ceux-là se retiraient effectivement du monde, se consacraient à l'éducation de la jeunesse ou à l'étude des livres saints, passaient leur vie dans les jeûnes et dans les prières, et ne sortaient de leur retraite que pour soutenir une lutte acharnée et sans cesse renaissante tantôt contre les ennemis de la religion, tantôt contre les adversaires de leur école. C'étaient les dignes fils de Jansénius et de Saint-Cyran, les solitaires de Port- Royal : ils s'appelaient Arnauld, Nicole, de Sacy. Mais il y avait aussi des jansénfstes moins respectables, qui, sous l'habit doré du courtisan, dans le faste d'une vie délicate et luxueuse, s'élevaient avec affectation contre les complaisances coupables, contre les calculs sacrilèges des relâchés. Parlait-on devant eux d'un directeur qui faisait aux nécessités de la vie quelques concessions, peut-être

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