ESPRIT LARGE ET ÉCLAIRÉ DE BOURDALOUE
« Les saints, par leur exemple, nous prêchent une vérité, mais une vérité touchante, une vérité édifiante, une vérité consolante, savoir qu'indépendamment de notre sens ou de notre goût, que sans l'éclat de certaines œuvres ou de leur austérité, que sans sortir de notre condition ni quitter les voies communes, que sans prendre des moyens particuliers ni se proposer une autre lin que celle même qui nous est marquée dans la situation présente où nous nous trouvons, toute la sainteté, la vraie sainteté est de remplir ses devoirs, et de les remplir dans la vue de Dieu, de se conduire d'une manière digne de l'état où Ton est appelé. de Dieu*. »
Et dirigeant contre les jansénistes une attaque directe, Bourdaloue ajoute :
« Il y a dans le ciel des saints de premier ordre qui n'ont jamais été par profession ni solitaires ni austères : le Saint des Saints lui-même, le Fils de Dieu, ne l'a point été, ou du moins ne l'a point paru, et peut-être l'enfer est-il plein de pénitents, d'anachorètes que la vanité a perdus ^. »
Non pas que Bourdaloue méconnaisse les mérites et les dons surnaturels de l'austérité et de la solitude. Sans doute ils sont l'objet d'une vocation particulière et privilégiée, ces hommes qui, séparés du monde, ont fermé leurs oreilles à tous les échos de la terre. Pour mieux servir Dieu, et pour contempler uniquement les choses du ciel, ils ont renoncé aux conditions ordinaires de l'humanité : vivants, ils se sont enfermés avec la mort dans un tombeau, le cloître. L'Église a toujours honoré d'une estime et d'une vénération plus grandes ces martyrs vo-
sordres et pour accomplir saintement les devoirs de leur condition ; c'est en quoi ils ont excellé, et ce sera la seconde partie. Les saints ont su de leur condition, quoique mondaine, tiref des motifs et des secours pour se perfectionner dans leur religion ; c'est ce qui a mis le comble à leur sainteté, et ce sera la troisième partie. Voilà ce que nous devons apprendre d'eux, et ce que j'ai à vous expliquer. »
i. Secon*d Avent, fête de tous les saints, sur la Sainteté, 2® partie, 1. 1, p. 220-221.