‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 152 sur 341 · SALUT POSSIBLE A TOUS · texte numérisé non relu

SALUT POSSIBLE A TOUS

toutes les conditions, et qu'il vient pour sauver les hommes sans nul discernement de conditions, il veut que dès son berceau, où il commence déjà à faire l'office de sauveur, on voie à sa suite et des grands et des petits, et des riches et des pauvres, et des maîtres et des sujets. Approchons et approchons tous ; allons à la crèche et allons-y tous. C'est de sa crèche qu'il nous appelle, de sa crèche qu'il nous tend les bras, de sa crèche qu'il veut répandre sur nous et sur nous tous les mêmes bénédictions *. »

C'est donc une grave et funeste erreur de croire que Dieu n'a pas donné à tous les hommes les moyens de se sauver; c'est par un double aveuglement sur soi-même que, toujours mécontent de son sort, et prompt à calomnier sa condition, « on veut être ce qu'on n'est pas, et l'on ne veut pas être ce qu'on est : » deux abus que Bourdaloue combat tour à tour dans son sermon swr VÉtat de vie et le soin de s'y perfectionner ^. Il y enseigne que « toute la prudence de l'homme, en matière de salut, se réduit à deux chefs, à s'avancer dans la perfection de son état, et à éviter toute autre perfection, ou contraire à celle-là, ou qui en empêche l'exercice... » — « S'avancer dans la perfection de son état,... c'est ce que Dieu veut de nous, parce que c'est uniquement pour cela qu'il nous a préparé des grâces, parce que c'est en cela seul que consiste notre sainteté, et à quoi par conséquent notre prédestination est attachée... Dieu donne des grâces à la cour qu'il ne donnerait pas hors de la cour, et des grâces dans la magistrature qu'il vous refuserait partout ailleurs... » N'iraitons donc pas «je ne sais combien de chrétiens... qui ne sont ni du monde ni de l'Église, parce qu'ils ne s'attachent

1. Second Avent, sui* la Nativité de Jésus-Christ^ 2e partie, 1. 1, p. 386. — Voy. encore, dans V Exhortatio?i sur le crucifiement de Jésus-Christ y ua passage que M. Sainte-Beuve a reproduit dans son Port-Royal, et où l'on voit que Bourdaloue ne reconnaît pas son Dieu dans le Christ aux bras étroits des jansénistes : « Il veut, en nous tendant les bras, nous embrasser tous,.» etc., t. IX. j). 138.

2. Dominicales, lO» dim. ap. la Pentecôte. Voy. surtout la 2^ partie, t. Vî, p. 304 sqq.

parfaitement ni à l'un ni à Tautre; qui pensent faire quelque chose et qui ne font proprement rien, parce qu'ils ne font pas ce qui leur est ordonné de Dieu... » Ne poursuivons pas cette « perfection chimérique qui nous porte à faire le bien que nous ne sommes pas obligés de faire, et à omettre celui que nous devons faire... » Appliquons-nous uniquement à bien remplir nos obligations de chaque jour, et ne nous mettons point en peine de faire « des choses extraordinaires et singulières. »

« Dès là qu'elles sont singulières et extraordinaires, dit Bourdaloue, elles sont rares et les occasions n*en sont pas firéquentes : cependant notre perfection doit être en ce qui nous est plus habituel, en ce qui nous occupe plus souvent, en ce que nous avons continuellement dans les mains, en ce qui remplit les journées et les années de notre vie... Je dois donc conclure que je ne serai parfait devant Dieu que par l'accomplissement de mes devoirs les plus communs *. »

On ne trouvera donc point chez Bourdaloue cette étroitesse chagrine qui condamne indistinctement et a priori tout ce qui se fait dans le monde. 11 reconnaît, au contraire « qu'il y a une prudence humaine qui n'est point contraire à la sagesse évangélique, pourvu qu'elle lui soit subordonnée '. » Il ne rompt pas en visière à toutes les bienséances et à tous les usages de la vie.

« Prenez garde; je ne viens pas, dans une morale outrée, condamner les soins ordinaires du monde, le soin d'une famille qu'il faut régler, le som d'un bien qu'il faut administrer, le soin d'un héritage qu'il faut cultiver, le soin même d*un procès où l'on se trouve impliqué, et où il faut nécessairement s'employer; cent autres de cette nature, dont on est chargé et dont on né peut raisonnablement se dispenser... Je dis plus, j'avoue qu'il y a tels engagements, telles conjonctures, telles affaires, où ce serait plutôt un péché de négliger ces soins que d'y vaquer ^, »

1. Retraite spirituelle, 1»^ jour, Considération, t. XVI. p. 27.

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