ARNAULD CONDAMNÉ
VOUS qui riez I car vous pleurerez^, » Tout le monde connaît ces lignes d'une effrayante beauté : c'est l'éloquence de Bossuet s'armant des foudres du Dieu vengeur. On ne saurait attendre de Bourdaloue un semblable coup de tonnerre : mais le fragment que nous avons cité, cette condamnation motivée, précise , froidement et rigoureusement déduite comme un jugement accompagné de tous les considérants qui l'ont fait rendre, n'est pas moins rigide ni moins dure. Rien ne nous donne à croire que ces réprobations aient blessé les contemporains. Nous somnaes devenus plus délicats ou plus humains. Les croyants mêmes ne voient pas sans tristesse Molière et Arnauld formellement damnés par Bossuet et par Bourdaloue. Est-ce inconséquence? est-ce faiblesse de foi ? N'est-ce pas plutôt circonspection respectueuse et sage aveu d'ignorance pour tout ce qui doit rester un secret entre la conscience et Dieu? Nous n'aimons pas aujourd'hui qu'on damne « tout le genre humain, » et moins encore qu'on damne nommément personne : il nous répugne de voir un homme, si grand, si justement vénéré qu'il soit, fût-ce un Bourdaloue ou un Bossuet, prendre de sa main mortelle là balance du Juge suprême ou le glaive du Tout-Puissant irrité. Notre siècle, qui a le malheur de respecter si peu de chose, conserve encore ce dernier respect, le respect des morts : celui-là du moins est resté général, populaire, et peut-être l'avons-nous plus que nos ancêtres. Quoique, selon une parole célèbre, on ne doive aux morts que la vérité, il nous semble malséant de dire même la vérité tout entière sur une tombe à peine fermée, et l'anathème, toujours pénible à entendre, révolte, quand il est jeté à un homme dont les cendres ne sont pas encore refroidies. Quoi qu'il en soit, on voit que Bourdaloue ne ménage point les jansénistes. Affectation de sévérité, orgueil exclusif, médisance, hypocrisie, Bourdaloue leur prête tous les vices des pharisiens. Ce dernier mot, qui, dans ses discours,