‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 159 sur 341 · CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES 26*J · texte numérisé non relu

CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES 26*J

fausse, en s'y défendant avec une obstination qui ne se démentit pas jusqu'au dix -huitième siècle, ils ont prêté le flanc aux attaques non-seulement des catholiques exacts, mais de tous les hommes de bon sens et de tous les esprits droits.

Et pourtant cette tactique témoignait, par son inconséquence même, de leur attachement à l'unité, et du désir qu'ils avaient d'y rester fidèles. Leur doctrine était une hérésie; mais eux-mêmes ne voulaient pas s'appeler des hérétiques. C'était une contradiction, sans doute; mais c'était aussi un hommage qu'ils rendaient à l'autorité et à l'Église, au détriment de leur propre logique. Ils n'allaient pas jusqu'au bout de leur erreur; ils s'arrêtaient à mi-chemin. Aussi ^es grands jansénistes, ceux de Port-Royal (car nous ne parlons point ici de ces jansénistes par mode qui justifient toutes les sévérités de Bourdaloue, moins encore de ces convulsionnaires dont les jongleries répugnantes devaient plus tard déshonorer la secte), ont trouvé au sein même du catholicisme quelque indulgence. Ils n'y sont point traités tout à fait avec la même rigueur que les autres hérésiarques qui remplissent de leurs révoltes et de leurs condamnations l'histoire de l'Église. On ne les considère pas comme des rameaux complètement détachés; on ne les confond pas avec ce bois mort de l'Évangile qu'il faut jeter au feu : ils sont plutôt semblables à ces branches rebelles qui ne veulent pas prendre le pli et dérangent l'harmonie du verger, mais qu'on hésite à couper, parce qu'elles donnent encore de l'ombre et des fruits. Je sais que la logique à outrance de Joseph de Maistre n'admet pas ces nuances : mais elles paraissaient raisonnables au grand bon sens de Bossuet. L'illustre évêque, qui était fort loin de partager les doctrines jansénistes, ou même de suivre leurs tendances, qui les exhortait à une soumission définitive et totale, qui relevait leurs erreurs avec tant de force, et réfutait d'une manière si judicieuse et si claire leur dangereuse distinction du fait et du droit, les traitait cependant avec des égards qu'on ne trouve pas d'ordinaire

dans sa dialectique vigoureuse contre les défenseurs des autres hérésies. Il voyait avec chagrin les hommes de Port- Royal, engagés dans une route sans issue, s'y consumer en stériles efforts; il regrettait que' tant de travail, tant d'ardeur, une science si vaste, une dialectique si habile et si forte fussent perdus pour l'Église, et il invitait les écrivains jansénistes à dépenser au profit de la foi, et seulement contre ses véritables ennemis, de si précieuses et de si abondantes ressources.

C'est ce que firent plus d'une fois les jansénistes. Quoiqu'ils aient renouvelé sur quelques points les erreurs de Calvin, ils ne le cédèrent à personne pour la défense du dogme et delà morale catholiques contre le calvinisme. Le Traité de la Perpétuité de la foi^ qu'écrivit Arnauld, est un arsenal de textes et d'arguments, mis en œuvre par une logique un peu âpre et sèche, mais serrée, incisive, souvent irréfutable. On comprend que Bossuet, dans sa lutte contre le protestantisme, eût volontiers pris pour son second un théologien aussi érudit et un raisonneur de cette intrépidité. Nicole travailla beaucoup au hvre de la Pérpé-i tuité de la foi et lui-même écrivit de son côté contre lès calvinistes. Ce sont là des services signalés que les caiho- . liques ne sauraient oublier sans ingratitude. Ils doivent également reconnaître aux jansénistes le mérite d'avoir travaillé sincèrement et contribué dans une certaine mesure à ce grand mouvement de renaissance chrétienne qu'on a justement appelé la réforme catholique; car, dans la première partie du dix-septième siècle, en même temps que l'Église reprend l'olfensive contre l'ennemi extérieur, c'est-à-dire contre l'hérésie, et cherche à reconquérir le terrain qu'(4le a perdu, elle opère dans son propre sein une réforme vaste et féconde dont ses récents échecs lui ont révélé la nécessité. Les mœurs du clergé, qui seront toujours fort loin d'être irréprochables jusqu'à la Révolution, se corrigent pourtant et s'épurent, surtout dans le clergé régulier. De nouveaux ordres qui se fondent, les anciens qui se régénèrent, ravivent dans l'Kglise cet esprit intérieur

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