‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 160 sur 341 · CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES

ui allait s*affaiblissant. Le travail et la science refleuris-

înt : on ne s'en ti.ent plus aux routines scolastiques ; on va

roit aux sources, aux textes primitifs ; on étudie les Pères

rÉcriture. Observation plus rigoureuse delà loi chré-

enne dans la pratique et dans les mœurs, développement

3 la vie chrétienne par la renaissance de Tesprit inté-

eur, restauration de la science chrétienne par le retour

IX grands monuments de la foi; tels furent les trois prin-

paux caractères de la réforme catholique, et tels sont

issi trois des caractères les plus saillants de l'école jan-

miste. Les solitaires de Port-Royal, dont plusieurs étaient

[jues, donnèrent l'exemple d'une régularité et d'une

ustérité de vie que beaucoup d'ordres religieux, aux qbin-

ième et seizième siècles, ne connaissaient plus. La sévérité

e leur morale, dont nous avons avec Bourdaloue recon-

u et blâmé l'exagération, n'était dans le principe qu'une

^gitime réaction contre les doctrines relâchées, qu'ils eu-

ent le tort d'attribuer seulement aux jésuites, mais qui

' ient bien réellement glissées dans le christianisme, et

turent dénoncées et condamnées par Bossuet, par Bour-

)ue et par l'Église aussi bien que par eux-mêmes. Ils

urent avec excès, mais non sans raison, les adversaires

cette religion facile, et, qu'on me permette le mot, de

christianisme des bonnes gens, qui s'était insinué un peu

artout au déclin du moyen âge, et qui présentait peut-

tre plus de périls dans notre pays que dans tout autre,

ce qu'il favorisait le laisser-aller un peu épicurien de

0 I esprit gaulois. Ils outraient les rigueurs de la péni-

e; ils ne permettaient l'usage des sacrements qu'avec

; restrictions et des difficultés sans mesure comme sans

idence; mais ils se faisaient de toutes ces saintes choses

idée haute et grave ; ils voulaient que le fidèle ac-

)mplît les actes les plus importants de la vie chrétienne

rec un intime sentiment d'humilité, et ils avaient hor-

ar qu'on s'en acquittât à la légère, comme de forma-

és extérieures. Jamais ces deux mots : se convertir,

eurent un sens plus étendu et plus profond que dans

leur bouche ; la conversion n'était pas seulement pour eux un acte fugitif et peut-être souvent renouvelé de repentir et de bon propos : c'était un complet dépouillement do vieil homme, un changement de vie radical, qu'on fait une fois et sur lequel on ne revient plus. Ils étadièrent l'antiquité chrétienne, et, s'ils poussaient jusqu'à une sorte d'idolâtrie exclusive leur admiration pour saint Augustin, ils ne laissaient pas cependant de lire les autres Pères ni de méditer les Ecritures. Jansénius n'est pas seulement l'auteur de VAugustinm; il a fait aussi des Commentaires sur les Évangiles que Bossuet considère comme un modèle du genre *. On peut donc dire que, sur bien des points, les jansénistes travaillèrent dans le sens du mouvement catholique. Je sais qu'ils dépassèrent le but, et franchirent la limite qui sépare la discipline perfectible du dogme immuable. On pourra objecter encore que cette réforme de la discipline elle-même se serait aussi bien faite sans eaz. Gela est possible ; mais en fait ils y ont participé : c'est leur honneur et l'excuse de leurs fautes; c'est aussi l'explication de l'estime où les ont tenus tant de vrais et sérieux chrétiens.

Nous essayons ici de défendre les jansénistes contre les jugements trop rigoureux de Bourdaloue; et c'est pou^ quoi nous ne faisons valoir en leur faveur que les raisons qui sollicitent ou justifient l'indulgence des catholiques. Si l'on voulait donner sur leur compte une appréciatioD plus générale, si l'on se plaçait au poinl de vue purement moral et humain, on leur trouverait d'autres mérites encore qui ne sont pas sans prix. On rappellerait par exemple ces Petites Ecoles où l'enfance recevait des soins u consciencieux et si intelligents, où les vieilles routines de l'enseignement, dernier reste de la scolastique, furent enfln remplacées par des méthodes rationnelles, où Racine trouva les premières inspirations de son génie. On n'oublierait ni la Logique ni les Grammaires^ ces ouvrages

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