‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 17 sur 341 · Notice de Labourderie · texte numérisé non relu

Notice de Labourderie

les Languedociens apprendront une bonne doctrine une belle morale. » Bourdaloue partit pour Montpellier

Il se trouvait ainsi jeté au cœur même du pays enni mi. De toutes les villes françaises où l'hérésie avait consen quelque force, Montpellier était assurément la plus impo tante. Entouré de beaucoup d'autres cités à demi calv nistes; Nîmes, le Vigan, Montauban, habité par une popi lation nombreuse, intelligente et active ; célèbre par le d< veloppement et la variété des études qui florissaient dai son sein, Montpellier semblait la capitale du protestantisa concentré au midi de la France. C'était donc pour Bou: daloue un honneur aussi flatteur que périlleux d'y i alors envoyé.

Il y retrouva ce fameux Lamoignon-Bâville, dont était sans doute l'ami, comme de tous les Lamoignons, < qui avait été, cette année même, nommé intendant d Languedoc. Bâville ne paraît pas avoir mérité la réput tion sanguinaire que Voltaire lui a faite ^. Il préférait, poi convertir, les prédicateurs aux dragons, et l'on peut su] poser sans invraisemblance que l'envoi de Bourdaloue dai la province dont il venait de prendre possession fut con forme à ses désirs, peut-être même sollicité par lui.

Sur cette mission de Bourdaloue nous ne savons rie de particulier, sinon qu'il s'acquitta de sa tâche délical avec succès, qu'il fit de nombreuses conversions, et qu' eut le bonheur de ramener beaucoup de ses adversaire sans en blesser ni en aigrir aucun. Il dut les résultats qu' obtint non-seulement à la force convaincante de sa préd cation, mais aussi à l'autorité de son caractère, de s science, et à ce zèle de charité qui échauffait et parfo même attendrissait sa vigoureuse dialectique.

1. Jouimal de Dangeau, mardi 16 octobre. — Mad. de Sévignt lettres du 28 octobre 1685 et du 3 avril 1686.

2. Il ne la justifia pas du moins dans ses Mémoires pour servir Chistoire du LanguedoCy imprimés en 1734.

Cette continuelle et touchante sollicitude pour le salut des âmes, jointe à l'intrépidité de ses censures quand il s'adressait à la cour, fît de Bourdaloue, aux yeux de ses contemporains, le parfait modèle des vertus apostoliques. Comme son habit de religieux l'excluait de toutes les dignités ecclésiastiques, il ne pouvait être suspect d'ambition personnelle ni de vues intéressées : avantage précieux dans un temps où les prédicateurs, selon le mot de La Bruyère, cherchaient par leurs discours des évêchés *.

Par contre, l'habit de religieux ne mettait pas Bourdaloue à l'abri des soupçons d'intrigue et de politique dont on était alors si prodigue envers tous ceux de son ordre : sa vertu seule l'en préserva. Par l'inflexible droiture de son caractère, comme par l'irréprochable pureté de sa vie, il força l'estime et le respect même des plus prévenus.

C'est pourtant une légère exagération de dire, comme le cardinal de Beausset, que Bourdaloue ne connut « ni ennemis ni détracteurs ^. » Sa prédication était trop militante, il attaquait trop librement toutes les erreurs et tous les vices pour n'être point à son tour attaqué. Comment appuyer sur tant de plaies, et d'une main si vigoureuse, sans faire quelquefois crier les patients?

Ceux qui crièrent tout d'abord, et très-haut, ce furent les jansénistes. Nous verrons que Bourdaloue ne les épargnait pas. Ils n'étaient point hommes à recevoir les coups en silence. Dès les premières années de sa prédication, Bourdaloue, prêchant un jour en présence de la princesse de Conti, « parla, dans le premier point, contre les relâchements de la Pénitence, d'une manière très-forte ; mais il représenta, dans le second, qu'il fallait fuir les directeurs

i. De la chaire.

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