‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 171 sur 341 · LA PRÉDICATION ET LA DIRECTION · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION ET LA DIRECTION

A vrai dire, la comparaison n'est pas tout à fait juste : une certaine habileté de parole est essentielle au prédicateur, et s'il en était dépourvu, il ne remplirait pas la condition exigée par Bourdaloue lui-même, d'être « versé dans son art. » Qu'on applique cette même comparaison non plus aux prédicateurs, mais aux confesseurs ou aux directeurs, alors elle devient parfaitement exacte, et dans ces termes on l'a faite mille fois. Mais Bourdaloue efface cette distinction ou voudrait l'effacer.

Comparez en effet aux sermons que Bourdaloue a prononcés les Instructions qu'il adressait à tel ou tel de ceux qui l'avaient choisi pour guide de leur conscience. Vous trouvez sans doute entre les uns et les autres de sensibles et inévitables différences. Les Instructions sont dépouillées d'un certain appareil oratoire, inséparable, même chez Bourdaloue, du discours public : la partie proprement dogmatique y est encore bien plus restreinte; de trop longues peintures morales y seraient déplacées; les conseils y sont plus circonstanciés et plus explicites. Chaque Instruction est écrite pour une personne dont Bourdaloue connaît la condition, le rang, les devoirs et les faiblesses, les dispositions morales et les besoins spirituels. Dans les sermons, au contraire, il s'adresse à un auditoire complexe ; mais on voit qu'il s'efforce de rendre son enseignement personnel comme dans la direction ; il voudrait appliquer les lois générales du christianisme à chacun de ceux qui l'écoutent, en venir avec chacun d'eux au dialogue et au tête-à-tête. Il ne le peut faire ; mais c'est à son grand regret, et il partage du moins son auditoire en groupes distincts auxquels il approprie successivement la leçon que reçoit l'assistance tout entière. Dans les sermons pour les vêtures^ où les séculiers se pressent à côté des religieuses, il parle tour à tour aux uns et aux autres.

Que ne dois-je point me promettre de ces considérations, parlant ici à des âmes religieuses pleines de l'esprit de leur vocation, continuellement occupées du soin de le conserver, de

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le renouveler, de l'augmenter? Quel exemple pour les chrétiens du siècle qui m'écoutent ! car pour votre édification, mes chers auditeurs, il n'y aura rien dans ce discours que vous ne puissiez et que vous ne deviez vous appliquer selon ce que vons êtes et ce que Dieu demande de vous, dans la vie séculière et néanmoins chrétienne à laquelle il vous a appelés *. »

« Il est bon, dit-il lui-même ailleurs, de descendre quelquefois aux conditions particulières des hommes pour y appliquer les règles universelles de la loi de Dieu *. »

C'est ainsi que, dans son sermon sur la RestUuHon^ il descend (( aux conditions particulières » pour montrer « que les occasions d'usurper le bien d'autrui nous sont très-présentes et xju'elles nous assiègent de tous côtés. »

« Un domestique a le bien de son maître entre les mains; s'il manque de religion et de conscience, c'est une tentation pour lui journalière, et à laquelle il lui est difficile de résister. Un marchand négocie ; il donne et il reçoit : s'il n'est homme de probité et s'il ne craint Dieu, c'est une matière qu'il a toujours prête pour allumer et pour satisfaire son avarice. Qu'estce que la plupart des charges et des emplois, sinon autant de spécieux moyens pour prendre commodément et honorablement? Qu'est-ce que la profession d'un juge, sinon un perpé' tuel danger de préjudicier aux intérêts des pai*ties dont il a les diiiérends à terminer? Qu'est-ce que la condition d'un ofUder de guerre, sinon une espèce de nécessité do ruiner ceux mêmes dont on a entrepris la défense? Ainsi de tous les autres états ^. »

Puis, après avoir cité un trait de probité délicate rapporté par saint Augustin. « Où sont maintenant, demande Bourdaloue, les imitateurs d'une telle fidélité? »

<( Où voit-on un homme du barreau, après avoir défendu et gagné une cause injuste, se mettre en devoir de réparer le

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