‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 176 sur 341 · L'ESPRIT INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

L'ESPRIT INTÉRIEUR

par le raisonnement comme par l'expérience de la vie. Mais à côté de cette hypocrisie volontaire et calculée, il en est une autre, moins odieuse, mais plus dangereuse encore peut-être, parce qu'elle s'ignore, et qu'elle trompe moins encore le prochain que le dévot lui-même. Cet aveuglement spirituel est le dernier trait de la piété pharisaïque, piété « vicieuse dans sa forme, » — « toute superficielle, toute sur les lèvres, toute sur le visage, et rien dans le cœur*. » Déjà dans l'ancienne loi. Dieu repoussait ces hommages d'une adoration apparente et menteuse. Il condamnait ce zèle extérieur qui n'était a qu'une idole et qu'une vaine montre de zèle. » Il disait à son peuple par la voix du prophète Joël : « Ne déchirez pas vos vêtements, mais brisez vos cœurs. Scindite corda vestra, non vestimenta vestra. » A plus forte raison, dans la loi nouvelle. Dieu exige qu'on l'adore en esprit et en vérité. C'est le cœur que Dieu veut posséder, et rien ne peut lui être agréable que la piété du cœur.

« Je sais, dit Bourdaloue, qu'il y a dans la religion des prières, des cérémonies, des pratiques instituées pour glorifier Dieu, par où en elFetil veut être glorifié, et par où nous le glorifions; mais je prétends que Dieu ne se tient honoré de tout cela qu'autant que l'esprit y a de part. Je prétends que, sans cette vue intérieure de Dieu, sans ce retour de l'esprit vers Dieu, il n'accepte rien de tout cela, parce qu'il n'y a rien en tout cela qui soit proportionné à son être et à sa grandeur ^, »

Quel mérite faut-il donc attribuer à ces œuvres «faites sans intention, faites sans recueillement et sans réflexion, faites par coutume , par bienséance, par engagement d'état? » et combien de gens s'imaginent prier, qui ne savent même point ce que c'est. Bourdaloue écrit à leur adresse cette fine et ingénieuse pensée :

1. Dominicales, 5ediiii. ap. la Pentecôte, sur ia Vraie et la fausse piété, 3« jiartie, t. VI, p. 170.

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