Ibid., 3« partie, p
« Gomme dans la vie humaine, et dans le commeiice que nous avons entre nous, il y a des gens féconds en paroles, et qui nous font les plus longs discours sans rien dire, il y en a de même, par une espèce de comparaison, dans la yie chrétienne, et dans le commerce que nous avons avec Dieu par la prière. Ils récitent de longs offices, ils y passent des heures entières, mais sans recueillement et sans dévotion. Qu'est-ce que cela? C'est parler beaucoup à Dieu, et ne le point prier *. »
Seul l'esprit intérieur peut inspirer la prière véritable. Seul aussi il peut donner à la charité chrétienne tout son ressort et tout son mérite. Dans une des exhortations «ur la Charité envers les pauvres, Bourdaloue se plaint aux dames qui Técoutent que, malgré ces assemblées de charité où chaque mois un prédicateur vient rappeler les misères et les nécessités des pauvres, les aumônes ne soient pas plus abondantes, ni les pauvres plus secourus. D'où vient cela? De l'absence d'esprit intérieur, de cette dissipation funeste qui tient le cœur « dans un perpétuel épanchement, » et qui empêche les adjurations les plus pressantes et les plus sensibles peintures de faire sur les âmes une impression profonde et durable. On vient à l'assemblée de charité comme « à une pure cérémonie ; » on entend l'exhortation du prêtre « comme un simple discours, » et Ton n'en retire aucun fruit, et les pauvres n'y gagnent rien.
« Mais en général, ajoute Bourdaloue, concevez bien, mesdames, que ce que j'appelle ici dissipation est la cause la plus universelle et la plus commune des dérèglements du siècle. Pourquoi voyons-nous tant de corruption dans le christianisme?... et pourquoi, parmi les personnes dévotes de profession, y a-t-il si peu de vraie dévotion? Le prophète nous l'apprend... Quia nullus est qui recogitet corde (Jérém. lî)... parce qu'il n'y a plus de recueillement ni de retour du cœur sur soi-même. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore certains dehors de piété; mais, sous ces dehors, il n'y a plus ou presque plus d'esprit intérieur. Ce sont des dehors spécieux;... mais, dans le