L'ESPRIT INTÉRIEUR
fond, il n'y a rien là qui parte du cœur. C'est un cœur évaporé qui ne peut se renfermer un moment en lui-même, un cœur qui se répand continuellement, et qui laisse évanouir tout ce que Dieu ou ceux qui tiennent la place de Dieu lui communiquent. Ainsi, mesdames, voulez -vous être chrétiennes, ne sortez jamais hors de vous-mêmes. C'est là que vous trouverez Dieu *... »
Ce iiéfaut d'application et d'esprit intérieur est un danger pour toutes les âmes dévotes, « ou du moins en ayant la réputation et le nom, » que l'habitude des mêmes actes sans cesse répétés conduit insensiblement à une dévotion toute machinale.
« Elles fréquentent les sacrements, dit Bourdaloue, et en cela elles sont louables ; mais si elles n'y apportent une extrême vigilance, l'usage de la confession, de la communion, leur devient si ordinaire, qu'il se change pour elles en coutume, et la coutume amortit peu à peu cette première ardeur, et ralentit ces secrets et saints mouvements dont elles étaient anianées ^. »
Le péril devient plus grand encore pour ceux qui se sont spécialement consacrés au service de Dieu, qui s'occupent « chaque jour de religieuses pratiques et d'actions pieuses, » et dont « toute la vie n'est qu'un cercle de saintes fonctions qui se succèdent presque sans intervalle. » Bourdaloue le sait, et ne fait aucune difficulté de le dire :
M II n'est que trop à craindre que cette sainteté ne soit que dans le ministère, sans être dans les ministres. A force de se familiariser, pour ainsi dire, avec les choses saintes, on s'y accoutume, et souvent de telle sorte, qu'on en perd tout le goût et tout l'esprit. Le cœur ne s'y affectionne plus, et tandis que le simple peuple est touché de nos adorables mystères, on les traite avec autant d'indifférence et autant de froid que si c'étaient des affaires toutes profanes 3. »