BOURDAIOUE ET LE MYSTICISME
ports d'un cœur sensiblement touché : il semble que tout à coup l'on soit monté jusqu'à la région supérieure du ciel, et qu'on ne tienne plus à la terre *. »
Illusions dangereuses; car, selon l'énergique expression de Boiirdaloue, « on s'évanouit dans ces vaines idées ^ ; » on se dégoûte de l'oraison commune pour se lancer dans ces voies sublimes sans y être appelé de Dieu, peut-être contre l'ordre de Dieu, et au mépris des règles « dont le Saint-Esprit nous a fait des préceptes indispensables pour le saint exercice de la prière. » Bourdaloue tient pour suspectes ces méthodes d'oraison extraordinaire, qu'adoptaient avec empressement des âmes éprises de pieuses nouveautés, et qu'autorisaient trop souvent des directeurs sans prudence. Il ne veut point qu'on préfère l'oraison extraordinaire à l'oraison commune, la seule nécessaire et la seule féconde.
« Il est évident que l'oraison la plus commune est celle dont le Fils de Dieu nous a lui-même prescrit la forme, et que nous appelons pour cela oraison dominicale ; et il est d'ailleurs de la foi que cette oraison, que nous avons reçue du Seigneur même, quoique la plus commune et la plus simple, est celle qui doit nous être plus vénérable, et à laquelle, préférable ment à toute autre, nous devons nous attacher... Qu'il y en ait d'autres plus mystérieuses, et, si vous voulez, d'une plus haute élévation, c'est ce que je vous laisse à décider; mais anathème à quiconque en reconnaîtra une plus sainte et plus sanctifiante s! >,
Les dons de Dieu dans l'oraison extraordinaire peuvent être les effets, ou les récompenses, ou les marques de la sainteté; ils n'en sont point les causes. Ce sont des faveurs précieuses sans doute, mais stériles.
t Or, dit Bourdaloue, pesant les choses dans la balance du
1. Exhortation pour une communauté de carmélites, sur Sawte Thérèse, 2^ partie, t. VIII, p. 219.