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LE OUIÉTISME COMBATTU PAR BOURDALOUE

tait souvent à ses yeux qu'une des formes les plus subtiles de Tamour-propre transporté dans la dévotion. Il ne se souciait point de plaire aux âmes : sa pénétration inexo^ rable devait plutôt les contrister quelquefois en démêlant l'illusion dont elles étaient le jouet, en les forçant d'en convenir et d'y renoncer. Son ambition était de faire des justes : il laissait à Dieu le soin de faire des saints.

Cette direction spirituelle de Bourdaloue, si ferme, si prudente, si solidement humble et soumise aux règles communes, ne rappelle celle de Fénelon que par le contraste. Chez Fénelon, la part de la personnalité, du sens propre, était bien plus grande. Celui qui se soumettait à la direction de Bourdaloue, ou encore à celle de Bossuet, n'acceptait eh quelque sorte que la direction de l'Eglise même : ces deux interprètes exacts du christianisme s'effaçaient autant que possible et s'oubliaient eux-mêmes. Quand, au contraire, on avait chbisi Fénelon pour directeur, on n'appartenait plus seulement à l'Église et au christianisme, on appartenaitàFénelon. Cen'était pas, à proprement parler, une direction que Fénelon exerçait, mais une séduction perpétuelle. « Il avait, dit Saint-Simon, la passion de se faire aimer, la passion de plaire;... vigilant, en vrai pasteur au salut des âmes, avec cette connaissance du monde qui les savait gagner, et qui engageait beaucoup à s'adresser à lui-même :... avec cela un homme qui ne voulait jamais avoir plus d'esprit que ceux à qui il parlait, qui se mettait à la portée de chacun sans le faire jamais sentir, qui les mettait à l'aise, et qui semblait enchanter, de façon qu'on ne le pouvait quitter, ni s'en défendre, ni ne pas chercher à le retrouver. » Saint-Simon l'appelle encore « un esprit coquet, plus coquet que toutes les femmes, mais en solide et non en misères *. » Ce besoin de plaire, et ce don d'y réussir toujours, sont à la fois le charme de Fénelon et son humaine faiblesse. La direction spirituelle y gagnait en attrait ce qu'elle perdait en force

\ . Saint-Simon, édit. Chéruel, t. IX, c. xii ; t. XI, c. xxn ; 1. 1, c. xviii»

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et en sûreté. L'autorité de Fénelon dans la direction était à la fois insuffisante et excessive? : insuffisante, car on ne saurait plaire , comme il faisait, sans avoir quelques complaisances, non pas certes en matière de morale et de devoir ; Fénelon est au-dessus d'un pareil soupçon ; mais il n'interdisait pas de croire qu'on pouvait être, sous sa conduite, l'objet de grâces exceptionnelles, ce qui n'est jamais sans flatter même les plus épurés et les plus saints ; excessive, parce qu'il subjuguait les cœurs, et, sans que ni lui ni les autres le voulussent, devenait, pour tous ceux qui l'avaient unefoisapproché, leguide unique, l'oracle inspiré, «Il s'était accoutumé à une domination qui, dans sa douceur, ne voulait point de résistance. » Ce fut son privilège d'inspirer des fidélités que ni l'éloignement ni la disgrâce ne purent ébranler. Il ne fut assurément le chef ni d'une secte, ni même d'une coterie; ces mots répugnent, appliqués à cette âme candide qui ne mérite d'autre reproche que d'avoir été parfois dupe d'elle-même ; mais Saint-Simon nous fournit encore l'expression tout ensemble aimable et juste, il devint a le pasteur d'un petit troupeau*, » troupeau d'élite, dont il était l'âme, et qui lui resta dévoué jusqu'à la mort. Joignez à ce secret d'attirer les cœurs et de les retenir, ce caractère chimérique que Louis XIV avait si justement noté en lui ; joignez-y encore cette propension toute féminine à écouter la voix des sentiments plus que celle de la raison, qui le faisait surtout goûter des femmes, et qui, en retour, le soumit si longtemps et si étroitement à l'influence de madame Guyon et de la duchesse de Béthune; joignez-y enfin cette subtilité qui le rendait insaisissable dans la discussion, cet « esprit à faire peur » qui déconcertait et impatientait Bossuet. Alors vous compi'cndrez combien pouvait devenir dangereux l'ascendant de Fénelon , et pourquoi l'évêque de Meaux, soutenu par Bourdaloue, dénonça si haut et si formeles erreurs des Maximes des Saints,

« Que M. l'abbé do Fénelon est aimable ! écrivait mo-

l. Saint-Siuiojî. ni. Chérucl, l. I, p. 288, p. 310, eU*...

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