‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 185 sur 341 · LA DÉVOTION ET LE BON SENS · texte numérisé non relu

LA DÉVOTION ET LE BON SENS

« J'appelle oraison chimérique celle qui. réduite aux principes, ne se trouve pas à l'épreuve de la plus exacte et de la plus sévère théologie, la théologie, dit le savant chancelier Gerson, devant être particulièrement en ceci comme la pierre de touche pour distinguer le faux du vrai... J'appelle oraison chimérique celle qui choque le bon sens, et contre laquelle la droite raison se révolte d'abord, ayant toujours été convaincue que le bon sens, quelque voie qu'on suive, doit être de tout, et que là où le bon sens manque, il n'y a ni oraison ni don de Dieu *. »

La sagesse même ne saurait mieux dire. Si Fénelon se fût pénétré davantage de ces deux principes si prudents et si sûrs, il n'aurait point donné dans l'illusion de «l'oraison chimérique. »

Il ne nous reste plus, pour achever l'examen de la doctrine, qu'à exposer rapidement ce qu'on pourrait appeler la politique de Bourdaloue. Mais ce mot n'est-il pas un peu trop ambitieux pour désigner un ensemble d'idées qui n'appartient pas en propre à Bourdaloue, une théorie qui lui est commune avec son siècle, que lui-même n'a exposée nulle part d'une façon expresse et suivie, et qui se trouve seulement disséminée çà et là dans ses œuvres? Quoi qu'il en soit, cette théorie se trouve chez Bourdaloue ; il nous laisse voir souvent ce qu'il pense soit sur îa nature, les droits et les devoirs de la souveraineté, soit sur l'exercice du droit de propriété et sur l'usage de la richesse. Cette seconde partie, qui rentre plus spécialement dans ce que nous appellerions aujourd'hui la morale et l'économie sociales, est traitée dans plusieurs sermons avec beaucoup d'originalité et de force. D'ailleurs Bourdaloue, si brièvement qu'il touche à toutes ces matières, en parle, comme de tout le reste, avec une précision, une netteté, une rigueur logique, une constante et exclusive prédominance

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