THÉOLOGIE DE L'AUMONE
comme le trésor de Dieu s\\t la terre : Gazophylacium Dei, manus pauperis *. »
«Ainsi l'aumône, ajoute Bourdaloue, n'est point seulement une charité pure, une charité gratuite, puisque vous ne donnez au pauvre que ce que vous avez reçu pour le pauvre, et avec une obligation étroite de l'employer au profit du pauvre. » Et, rappelant « le consentement unanime des Pères, » il dit admirablement que « le superflu du riche, » c'est « le nécessaire du pauvre. »
« Comme riche, vous avez non-seulement ce qu'il vous faut, mais au delà de ce qu'il vous faut; et le pauvre n'a pas même le nécessaire. Or, pour le pourvoir de ce nécessaire qu'il n'a pas, vous emploierez ce superflu que vous avez ; si bien que l'un soit le supplément de l'autre : Vestra ahundantia illorum inopiam suppléât (II, Cor., 8). Par cette compensation, tout sera égal. Le riche, quoique riche, ne vivra point dans une somptuosité et une mollesse aussi pernicieuses pour lui-même que dommageables au pauvre, ni le pauvre, quoique pauvre, ne périra point dans un triste abandon. Chacun aura ce qui lui convient : Ut fiât œqualitas, sicut scriptum est : Qui multum, non abundavit; et qui modicum, non minoravit (Ibid.) ^. »
Voilà donc la compensation providentielle, le remède apporté par la miséricorde divine à la nécessaire inégalité des conditions et des fortunes. « Yoilà le secret de cette égalité que Dieu, dans la loi qu'il a portée pour le soulagement des pauvres, a eu en vue de remettre parmi les hommes. » Quand le riche aura compris qu'il n'est qu'un « économe. » un « dispensateur, » chargé de distribuer aux pauvres ce qu'il a reçu pour eux : Fidelis dispensator et prudens, quem constituit Deus super familiam suant (Luc. , 12) ; « quand les biens, selon l'intention et Tordre de Dieu, seront ainsi appliqués, il n'y aura plus proprement ni riches ni pauvres, mais toutes les conditions deviendront à