‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 20 sur 341 · Carême. Jeudi de la 5o semaine, t. IV, p · texte numérisé non relu

Carême. Jeudi de la 5o semaine, t. IV, p

au monde, et Dieu veuille que le monde, en me condamnant, dit au moins gardé les mesures de respect, de religion, de piété, qui sont dues à mon ministère ; car, pour ma personne, je sais que rien ne m'est dû : trop heureux si, me voyant condamné du monde, je pouvais espérer d'avoir confondu le vice et glorifié Dieu !» — « Ce qui plaît au monde, ajoute Bourdaloue avec une fine clairvoyance, n'est pas toujours le meilleur ni le plus nécessaire pour le monde. Ce qui lui déplaît est souvent la médecine, qui, tout amère qu'elle peut être, le doit guérir. Se choquer de semblables vérités et s'en scandaliser, c'est une .des marques les plus évidentes du besoin qu'on en a * . »

La gravité du ton témoigne sans doute que le prédicateur est ici, comme il le dit lui-même, moins préoccupé de sa justification que de l'honneur de la sainte parole. Ne sent-on pas néanmoins, dans toute cette curieuse digression, l'amertume dont ne peut jamais se défendre une âme vive et droite qui voit méconnaître la pureté de ses intentions? Cette amertume se trahit plus visiblement encore un peu plus loin dans une prétention doublement ironique : « A Dieu ne plaise, mesdames, que je veuille examiner ici et vous marquer tout ce que la pénitence doit réformer dans vos personnes : oUtre que ce détail irait trop loin, peut-être en feriez- vous encore l'objet de votre censure '. »

Enfin il est permis de croire que Bourdaloue songeait encore à Ces murmures et à ces réclamations qu'avait provoqués la liberté de sa parole, lorsqu'à la fin du Carême, dans son compliment d'usage à Louis XIV, il se félicitait (( de ce que la présence du plus grand des rois, loin d'affaiblir son ministère, l'eût fortifié et autorisé. » — « Car la vérité, que j'ai prêchée à la cour, ajoutait-il, n'a jamais trouvé dans le cœur de ce monarque qu'une soumission édifiante et qu'une puissante protection ^. »

En effet, l'estime que Bourdaloue inspirait à Louis XIV

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