CONNAISSANCE DU MONDE
vot, )) de tous (( le plus à craindre, » qui, « d'un air tranquille et composé, d'un ton pieux et modeste, en dira plus que Temportement le plus passionné et la plus ardente colère n'en peut inspirer. Encore se flattera-t-il d'avoir en cela rendu service à Dieu, et s'en fera-t-il un mérite auprès du Seigneur. Content de lui-même, il ira devant un autel ou au pied d'un oratoire épancher son âme, et croira pouvoir dire comme David {Psalm. 100) : «Dans un matin, ô mon Dieu ! sans autre glaive que celui de 1^ langue ou que celui delà plume*, je combattais tous les ennemis de votre loi et j'exterminais tous les pécheurs de la terre. »
Tels sont les divers principes de la médisance ; telles sont les nombreuses variétés de médisants qu'on rencontre dans le monde. Mais la pénétration de Bourdaloue veut encore découvrir pourquoi on leur prête d'ordinaire une oreille si complaisante 2. Tantôt c'est *< respect humain et lâche condescendance. On sait bien ce qui serait du devoir de la charité, et l'on voudrait y satisfaire ; mais l'assurance et le courage manquent. On gémit intérieurement de la contrainte où l'on est, et l'on se reproche sa faiblesse, mais on ne peut venir à bout de la surmonter. De là ce consentement forcé, mais apparent, qu'on donne à la médisance.» Tantôt c'est «vaine curiosité... On ignore ses propres affaires, on n'a nul soin de les apprendre, ni d'examiner ce qui se fait dans sa propre maison ; tandis qu'on veut avoir une connaissance exacte des affaires des autres, et qu'on tient en quelque sorte registre dé tout ce qu'ils font et de tout ce qui se passe chez eux. » Tantôt enfin c'est « malignité secrète. » 11 ne siérait point à un homme de parler contre un autre, parce qu'ils sont en délicatesse, peut-être en concurrence pour une charge ou pour un emploi. « Mais, s'il ne peut s'expliquer lui-même, et s'il ne lui convient pas, qu'il lui est doux de trouver quelqu'un qui prenne sa place et qui parle pour lui ! Peut-