‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 201 sur 341 · Ceci n'est-il pas encore à l'adresse des jansénistes · texte numérisé non relu

Ceci n'est-il pas encore à l'adresse des jansénistes

2. Exhortation sur les faux témoignageSj etc. 2« partie, t. IX, p. 19 sqq.

être par bienséance en fera-t-il paraître quelque peine ; peut-être même affectera-t-il d'excuser ce qu'il entend et d'y donner un bon sens. Mais que la malignité est artificieuse ! il en dira trop peu pour une solide justiâcatioD, et assez pour animer l'entretien, et pour engager encore à de plus amples détails et à de nouvelles médisances. Voilà le fruit de cette prétendue modération. » On ne saurait mieux voir ni saisir plus finement. Qui de nous n'a entendu dans le monde ces molles défenses ou ces excuses perfides présentées par un avocat conciliant qui souhaite de perdre sa cause? Et cette vaine curiosité avide de confidences sur le compte d'autrui, et cette lâche condescendance qu'on se reproche alors même qu'on s'y laisse aller, qui de nous n'a quelquefois donné dans tous ces travers? C'est ainsi qu'on encourage la médisance, et qu'on s'en fait complice; c'est ainsi qu'elle devient « l'assaisonnement des conversa* tions. » Bourdaloue sait à merveille l'attrait singulier qu'elle offre à l'esprit des hommes, le piquant intérêt qu'elle donne aux entretiens, l'animation qu'elle fait naître, les succès faciles qu'elle procure.

« Tout languit sans elle et rien ne pique. Les discours les plus raisonnables ennuient, et les sujets les plus solides causent bientôt du dégoût. Que faut-il donc pour réveiller les esprits et pour y répandre une gaieté qui leur rende le commerce de la vie agréable ? Il faut que dans les assemblées le prochain soit joué et donné en spectacle par des louanges médisantes : il faut que, par des narrations entrelacées des traits les plus vifi et les plus pénétrants, tout ce qui se passe de plus secret dazis une ville ) dans un quartier, soit représenté au naturel et avec toute sa difformité : il faut que toutes les nouvelles du jour viennent en leur rang et soient étalées successivement et par ordre. C'est alors que chacun sort de l'assoupissement où il était, que les cœurs s'épanouissent, que l'attention redouble, et que les plus distraits ne perdent pas une circonstance de tout ce qui se raconte. Les yeux se fixent sur celui qui parle, et quoiqu'on ne lui marque pas expressément le plaisir qu'on a de rcntcndre, il 1c voit assez par la joie qui parait sur les visages, par les ris et les éclats qu'excitent ses bons mots, par

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