BOURDALOUE ET MOLIÈRE
!S signes, les gestes, les coups de tête. Tout l'anime;... on ne î retire point qu'il n'ait cessé, et Ton revient eniin d'autant lus content de soi que, sans blesser, à ce qu'on prétend, sa )nscience, on a eu tout le divertissement de la conversation . plus spirituelle et la plus réjouissante *. »
Ce goût des propos médisants, cette attention qu'on y rête, cette joie qui paraît sur les visages, ces ris et ces slats qu'excitent les bons mots, n'est-ce pas tout cela que 5 grand génie de Molière a fixé dans cette admirable îène du Misanthrope où « chacun a son tour » dans les lédisanoes dont Gélimène égaie tout son salon ? Et quand ourdaloue détrompe ceux qui se croient innocents parce u'ils se contentent d'écouter, n'est-ce point justement 3 qu'Alceste reprochait à Glitandre?
Clitandre.
Pourquoi s'en prendre à nous? Si ce qu'on dit vous blesse, Il faut que le reproche à madame s'adresse.
Alceste Non, morbleu ! c'est à vous ; et vos ris complaisants Tirent de son esprit tous ces traits médisants. Son humeur satirique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de votre flatterie, Et son cœur à railler trouverait moins d'appas, S'il avait observé qu'on ne l'applaudit pas *.
Puisque Bourdaloue sait si bien tout ce qui se passe ans le salon des Gélimène, les Arsinoé ne peuvent lui tre inconnues. Le passage qu'on va lire ne rappelle-t-il as cet autre personnage du Misanthrope^ cette charitable onneuse d'avis, avec sa méchanceté mielleuse et sa solliitude hypocrite?
« Qu'est-ce que ces airs de franchise, de simplicité, de cordiale que nous affectons quelquefois en parlant au prochain, et li disant certaines vérités très-désagréables ? Est-ce un adoussement que nous prétendons mettre aux avis que nous lui
1. Exhortatio?i sur les faux témoignages t etc., 2« partie, t. IX, . 20-21.