‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 214 sur 341 · PLACE DE BOURDALOUE PARMI NOS MORALISTES · texte numérisé non relu

PLACE DE BOURDALOUE PARMI NOS MORALISTES

Si nous ne devions nous borner à citer quelques exemples, et s'il ne fallait craindre de transformer ce chapitre en une sorte de traité contre les passions extrait des œuvres de Bourdaloue, nous montrerions encore comment le prédicateur parle différemment à l'ambition, à la cupidité, à l'avarice. On verrait que toujours il approprie avec un rare discernement aux diverses passions de l'âme son argumentation, son langage et le ton même de son discours.

Bourdaloue mérite donc le titre de moraliste par sa connaissance des honunes, par sa clairvoyance à les pénétrer, par la vérité des peintures qu'il fait d'eux. Sans doute son caractère, son tempérament d'esprit, le genre où il a excellé ne comportent pas toutes les qualités des moralistes de profession. Ne lui demandez pas l'imagination de Montaigne et cet esprit curieux de tout, hors de conclure. Il n'a rien de comparable à la sublimité, à la vigueur passionnée d'un Pascal. La Rochefoucauld est plu^ profond et le paraît encore plus qu'il ne l'est, par cette concision de la sentence qui ramasse et grave tout un trésor d'observations et d'idées dans une formule immortelle. La Bruyère est supérieur par la variété et l'imprévu du style, par ce tour neuf et rare, parfois jusqu'à la recherche, dont il relève tout ce qu'il touche. On l'a comparé * à un lapidaire dont la main habile et patiente donnerait du prix même à des pierres communes, à force de les affiner, de les polir et d'en faire briller toutes les facettes. Bourdaloue s'exprime plus simplement et plus uniment. Ne lui refusons toutefois ni les mots profonds, ni les tours piquants et vifs. Lorsque, par exemple, combattant l'obstination et l'attachement aux idées particulières que nous portons trop souvent dans le commerce avec nos semblables, il nous

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