PLACE DE BOURDALOUE PARMI NOS MORALISTES
ju'il ressent toujours pour Thomme, le désir et l'espérance ie lui être utile. Qu'un moraliste à la manière de La Rochefoucauld, qui semble n'écrire que pour se justifier à lui-même ses mépris, écrive cette inhumaine pensée : « Je suis peu sensible à la pitié, et je voudrais ne l'y être point du tout, » le moraliste chrétien ne renonce jamais à cette pitié pour la créature rachetée par le sang d'un Dieu. Chez Bourdaloue, c'est une pitié non pas tendre et expansive, mais active et efficace, qui veut convertir les âmes, qui croit pouvoir leur apporter le salut, et qui relève l'homme à ses propres yeux en l'estimant capable de raison et de vertu. Aussi la peinture morale de l'homme chez Bourdaloue laisse une impression, non point flatteuse, mais saine et féconde, qui encourage et qui fortifie. Ce n'est ni cette désillusion amère qu'on reçoit de la lecture des Maximes^ ni le dédain railleur et résigné de La Bruyère*. Ce n'est pas non plus assurément cet optimisme de Vauvenargues, trop oublieux de la chute, trop porté à l'extrême confiance et à l'illusion généreuse : Bourdaloue a su être sévère sans être chagrin. Où trouver une plus sûre garantie de vérité? Par là, comme par tout ce qu'on vient de lire sur la peinture du cœur humain chez Bourdaloue, on voit qu'il a été bien nommé « le plus judicieux de nos moralistes ^. )>
1. V. dans les Caractère i le comoieacement du chapitre intitulé : ie t Homme,
2. Nisard, Histoire de la Littérature fra?içaise, t. IV, p. 296.
(suite)