V. Gui Patin, lettre du 12 avril
Du moins ce fut de la chaire que partit le signal, de toutes les luttes théologiques qui remplirent le dix-septième siècle. Quand parurent soit YAugustinm de Jansénius, soit le Traité d'Arnauld sur la Fréquente Communion^ soit fe Nouveau Testament de Mons^ soit les Provinciales^ toujours le combat s'engagea par des prédications véhémentes, « coups de tocsin aussitôt <5ompris et obéis* . » Quelques censures atteignaient bien les violences trop scandaleuses. Le P. Nouet, par exemple, qui, dans la chapelle de la maison professe de Saint-Louis, rue Saint-Antoine, avait consacré huit discours consécutifs à tonner contre le traité de la Fréquente Communion^ récemment paru, et indirectement contre les seize évêques et les vingt docteurs de Sorbonne approbateurs de cet ouvrage, s'était vu contraint à une rétractation humiliante. Mais en général, conmient rendre un orateur responsable de tous les hasards de sa parole? Conmient faire le procès à des phrases fugitives, qui ne laissent d'elles-mêmes qu'un souvenir, peut-être infidèle? Les discours ne sont point saisissables comnie les écrits, et l'on ne pouvait brûler un sermon comme on brûlait un livre. La polémique en chaire conservait donc des franchises et des sûretés qu'elle n'avait point ailleurs.
Outre que le prédicateur abordait en toute hardiesse les questions contemporaines, il se mettait, bien plus qu'aujourd'hui, à Taise avec ses auditeurs. On n'exigeait point qu'il gardât cette gravité un peu solennelle, ce rôle impersonnel et abstrait, dont la plupart de nos prédicateurs craindraient maintenant de se départir. Une sorte d'intimité plus étroite rapprochait l'orateur de son auditoire. Sans que personne songeât à s'en étonner, il adressait nominalement la parole à tel ou tel, interpellait celui-ci qui arrivait en retard, gourmandait cet autre qui faisait du bruit, enfin se permettait mille libertés dont on ne trouverait plus de trace que dans les anecdotes traditionnelles
1. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. II, p. 93, 178, 179,349, 501; t III, p. 135. — Voy. encore Crétinenii-Joly, Histoire des Jésuites^ t. IV. p. 2G, etc..