‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 22 sur 341 · Languet de Gergy, Mémoires sur madame de Maintenon · texte numérisé non relu

Languet de Gergy, Mémoires sur madame de Maintenon

envahissante. Il répondit à madame de Maintenon qu'il ne pourrait la voir que tous les six mois, à cause de ses sermons. Elle dut se résigner à ne recevoir de lui qu'une direction générale, qu'il exerçait de loin *.

Ce n'était pas en effet une vie oisive que menait Bourdaloue. La préparation de ses sermons, si complète, si nourrie et si minutieuse, ne prenait pas tout son temps ; la plus grande part peut-être en était réservée à la confession. Bourdaloue passait souvent au confessionnal cinq ou six heures de suite. Lui qui ne consentait pas à diriger l'épouse secrète du grand roi, il prodiguait avec condescendance aux humbles qui avaient besoin de son ministère toutes les lumières de la prudence et toutes les consolations de la charité.

Cependant les pénitents et les pénitentes illustres ne lui manquaient pas. Il semble même que Bourdaloue eut, comme directeur, une place à part dans la haute société du dix-septième siècle. Onsaitque, par l'effet d'une partialité malheureuse, avoir un confesseur jésuite devint dans la dernière partie du règne comme une condition nécessaire pour conserver la faveur royale. Quiconque ne se confessait pas à un Père de la Société devenait suspect de jansénisme, et risquait de se perdre ^. Mais, par un autre préjugé, et par une réaction bien naturelle, beaucoup d'âmes nourrissaient contre les jésuites d'invincibles défiances. On les soupçonnait de facilités excessives pour les pécheurs, de complaisances calculées. Deux jésuites avaient été tour à tour confesseurs du roi pendant la longue pé-

1. V. dans la Correspondance générale de madame de Maintenon, publiée par M. Lavallée, les notes des dames de Saint-Cyr au sujet de la lettre de Bourdaloue du 30 octobre 1688.

2. V. madame de Sévigné, lett. du 17 janvier 1680. — Saint- Simon, passim.

riode de ses désordres. On ne savait pas qa'ils avaient plus d'une fois refusé d'absoudre le prince adultère ; on ignorait rhistoire de leurs efforts et de leurs résistances, et l'on voyait seulement ce qu'ils ji'avaient pu empêcher. Des jésuites dirigeaient encore le frère du roi et les autres princes, dont plusieurs continuaient à donner le scandale des mœurs les plus dissolues. A tort sans doute, on se faisait un grief contre les confesseurs des fautes trop publiques de leurs pénitents. Ainsi la faveur croissante où Ton voyait la Société de Jésus, loin de faire oublier les violentes et injustes accusations lancées par Pascal, leur donnait quelque vraisemblance, et ceux qui voulaient rester chrétiens sans cesser d'être courtisans se croyaient souvent réduits à cette terrible alternative de perdre leur crédit à la cour ou de compromettre le salut de leur âme. Le seul nom de Bourdaloue conciliait ces exigences opposées. Bourdaloue était jésuite et sévère : on s'adressait à lui de préférence, sûr de ne déplaire ainsi ni à Dieu ni au roi.

Où trouver d'ailleurs plus de pureté dans la doctrine et dans la vie, plus de pénétration et de prudence en matière de spiritualité comme en matière de morale? Aussi avait-on recours à ses lumières dans les doutes, dans les situations délicates, ou quand la conscience éprouvait le besoin tardif de régler des comptes depuis longtemps en souffrance-. Lorsqu'un Pomenars, un vieux libertin, près d'affronter une opération dangereuse, rude châtiment de ses longues débauches, prenait la précaution de se récoucilier avec Dieu, il allait trouver Bourdaloue. « Ah ! c'était une belle confession que celle-là, s'écrie madame de Sévi-

^é * ; il y fut quatre heures Il'y avait huit ou dix ans

qu'il n'y avait été. » Combien d'autres « belles confessions » de ce genre Bourdaloue n'a-t-il pas entendues !

Nulle part il n'était plus admirable qu'au chevet des mourants. De toutes les œuvres de charité, celle qui excitait davantage son zèle, c'était la visite des malades.

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