Lettre du 12 janvier
Riches ou pauvres, il aimait à les fréquenter, les consolait, et, quand ils commençaient d'être en danger, les préparait à la mort avec un incomparable mélange de fermeté et de douceur, joignant aux plus délicats ménagements pour la faiblesse de la nature une active vigilance pour les intérêts de l'éternité. Il parlait alors, nous dit le P. Bretonneau, « en homme vraiment apostoHque. Ce n'était pas sans réflexion et sans étude. Il savait trop de quelle conséquence il est dé ménager des moments si précieux, et de ne les pas perdre en des discours vagues et peu utiles. Outre le long usage qui avait formé à ce saint exercice, outre la méthode particulière qu'il s'en était lui-même tracée, il prévoyait ce qu'il l'avait à dire ; et, s'abandonnant ensuite à l'esprit de Dieu^ il disait tout ce qui peut porter une âme à la pénitence et à la confiance * . »
Ce ministère, toujours délicat, l'est plus encore avec ceux qui ont beaucoup à regretter en ce monde ou beaucoup à expier. Les cas réservés à Bourdaloue n'étaient pas d'ordinaire les plus faciles. On ne consulte un médecin en renom que dans les complications graves : de même on appelait Bourdaloue lorsque le salut du mourant inspirait des inquiétudes par un attachement excessif aux biens de la vie, ou par un long éloignement des choses de Dieu. Ainsi nous trouvons Bourdaloue au lit de mort de madame de Monaco, célèbre par toute une vie de plaisirs et de galanteries 2. Un mot d'une lettre de Louis XIV à Golbert ' nous donne à croire que Bourdaloue assista encore au moment suprême cette belle duchesse de Fontanges, idole adorée quelques mois, puis rejetée avec mépris, et que le chagrin ou le poison fit mourir à vingt ans. Quand le chevalier de Rohan fut condamné à mort, comme criminel d'État, la triste mission de le préparer au supplice et à l'éternité fut confiée à Bourdaloue. Cette fois, son pénitent,
1. Préface du P. Bretonneau. Édition de Versailles, t. I, p. XLV»