LES PORTRAITS ET LES ALLUSIONS
est bien en effet « l'accessoire m chez Bourdaloue, mais un accessoire fort important. L'appeler « une très-petite partie, » ce n'est pas assez dire. Effaçons ce mot par lequel l'abbé d'OIivet abonde un peu trop dans son propre sens. Ce passage n'en détermine pas moins avec une judicieuse netteté la raison d'être de ces parties de détail, et le lien étroit qui les rattache à l'ensemble.
Ajoutons que dans l'intention de Bourdaloue ées peintures n'avaient le plus souvent aucun caractère personnel. On doit sur ce point n'admettre qu'avec des réserves l'opinion des contemporains, fort enclins à voir partout des allusions : c'est un penchant naturel à la curiosité humaine, si souvent aiguisée par la malignité. Certes Bourdaloue ne craignait pas de faire à certaines choses et à certaines gens des allusions très-transparentes et trèsmarquées. Pourquoi lui eût-il été défendu de dire son mot en chaire sur des sujets dont tout le monde s'entretenait librement? Il ne se croyait obligé d'ignorer ni tel grand scandale qui pouvait troubler les âmes, ni telle conversion sincère et éclatante qui les pouvait édifier. Mais chercher à l'ordinaire des allusions personnelles dans les peintures de Bourdaloue, généraliser et prendre au pied de la lettre l'hyperbole enjouée de madame de Sévigné « qu'il n'y manquait que le nom *, » ce serait imputer à Bourdaloue un défaut de mesure et un oubli des convenances bien incompatible avec son caractère. Seulement, comme il descendait dans un détail très-précis, qu'il appuyait fortement sur tous les traits, et donnait toujours à la peinture un air de vérité irrécusable, on cherchait d'instinct la ressemblance. Cette « application » si bien commencée par le prédicateur, mais qui, dans sa pensée, restait générale, l'auditeur la poussait plus loin et la rendait particulière. Souvent, s'il eût été sincère avec lui-même, il aurait bien reconnu quelques traits de sa propre image : mais comme d'ordinaire le tableau était peu flatteur, plutôt que d'en