Lettre du 23 décembre
prendre sa part, il aimait mieux n'y voir que le porh^ait de quelqu'un de ses voisins. Le mot même de portraits était consacré pour désigner les peintures que Bourdaloue plaçait dans ses sermons.
Nouveau prédicateur, aujourd'hui, je l'avoue, Écolier, ou plutôt singe de Bourdaloue,
Je me plais à remplir mou sermon de portraits i,
dit Boileau. Conservons ce mot, je le veux bien; mais à condition qu'on entende par portraits la représentation de types généraux, et non l'image spéciale de certains pe^ sonnages déterminés. Bourdaloue voulait peindre des groupes, noii des individus. Plût à Dieu qu'on n'eût pa mettre qu'un seul nom sous chacune de ces peintures tristement exactes I
Si les contemporains prêtaient beaucoup à Bourdaloue dans l'interprétation qu'ils faisaient de ses paroles, nous lui prêterions encore bien davantage en nous efforçant de découvrir et de déterminer toutes les allusions qui peuvent se rencontrer dans les discours que nous possédons. Cette recherche paraît d'abord piquante et curieuse; mais elle ne tient pas tout ce qu'elle semblait promettre. Souvent, là où nous soupçonnons quelque allusion, les données nous manquent pour la comprendre et même pour nous assurer qu'elle existe. Il faudrait savoir avec certitude la date du sermon pour reconnaître l'allusion et l'interpréter; mais, d autre part, il faudrait avoir interprété l'allusion pour déterminer la date du sermon : dans plusieurs cas, il est impossible de sortir de ce cercle vicieux. Ce n'est pas que les allusions de Bourdaloue soient toujours pour nous lettre close. Beaucoup, peut-être le plus grand nombre, sont très-claires, même à deux siècles de distance. Nous avons cité plusieurs de celles qui concernent les jansénistes : l'occasion viendra d'en mentionner d'autres qui ne sont pas moins certaines. Mais nous nous
\. Satire X.