‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 232 sur 341 · I, Cor · texte numérisé non relu

I, Cor

« Il y a une servitude des hommes essentiellement opposée à la liberté que Jésus-Christ nous a acquise... Mais à qui le prédicateur de rÉvangile en doit-il donner plus d'horreur qu'à ceux qui mènent la vie de la cour? où les effets que produit cette damnable servitude sont-ils plus funestes et plus pernicieux qu'à la cour? Servitude des hommes, engagement comme nécessaire à l'iniquité, disposition prochaine à Tligustice, assujettissement aux erreurs d'autrui, aux caprices d'autrui, aux passions d'autrui;... servitude des hommes, qui tous fait entrer dans toutes leurs intrigues et tous leurs desseins, quelque criminels qu'ils soient, qui vous fait acheter leur feveur aux dépens de tous les intérêts de Dieu, aux dépens de tous les intérêts de la conscience et du salut, aux dépens de vous-mêmes et de votre âme. Ah! mes frères, ètes-TOOS hommes, et surtout êtes-vous chrétiens, pour servir de la sorte?... A Dieu ne plaise que je fasse d'ailleurs consbter la liberté chrétienne à s'affranchir du juste devoir qui nous soumet aux puissances légitimes!... Mais cette dépendance que nous inspire la religion a ses bornes, et j'en reviens toigonrs à la maxime de saint Paul : Nolite fieri servi homînum. Non, vous ne devez point servir les hommes jusqu'à en faire des divinités, jusqu'à les substituer en la place du premier souverain Maître à qui vous appartenez, jusqu'à leur vendre sa loi, à leur vendre votre innocence, à leur vendre votre éternité, en vous rendant fauteurs de leurs vices, complices de leurs désordres, compagnons de leurs débauches, approbateurs perpétuels de tout ce que leur suggèrent la cupidité, le plaisir, l'ambition, l'envie, la haine, Ja vengeance, le libertinage et l'impiété. Voilà ce que j'appelle, non plus une obéissance raisonnable, mais une servitude, et la plus vile servitude : voilà de quoi un Dieu sauveur a prétendu nous dégager *. »

L'intrépidité d'adulation des courtisans les plus en crédit justifiait trop bien tous ces avertissements. Quand, « à la face de Dieu et des hommes, le maréchal de La Feuillade fit la consécration de la statue du roi, qu*il avait fait élever dans la place des Victoires, » avec « toutes les prosternations que les païens faisaient autrefois devant les

1. Mystères. 2« Serm. sur la Punfication de la Vierge^ 2« partie t. XI, p. 158-159.

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