IMPOPULARITÉ DES GRANDS
doit moins convenir. Des gens qui de leur fonds ne sont rien, des gens sortis de l'obscurité et du néant, mais devenus grands par machines et par ressorts, ce sont là ceux qui parlent avec plus d'ostentation, qui agissent avec plus d'autorité, et qui, pour relever leur fausse grandeur, se font une gloire d'abaisser même et de dominer les vrais grands ^ »
• Ce mélange d'intrigue, de servilité et d'orgueil dont la cour offrait constamment le spectacle, quels effets pouvaitil produire, sinon « d'exciter les murmures et les mépris ', » a de révolter les cœurs et de renverser toute la subordination '. »
« Tandis qu'au dehors on honore les grands, quelle estime en fait-on dans le cœur, et quelles idées en conçoit-on? S'ils en étaient instruits, il faudrait qu'ils fussent bien insensibles pour n'en être pas pénétrés jusque dans le fond de l'âme *. »
Nul au dix-septième siècle n'a su, mieux que Bourdaloue,- pénétrer ces dispositions secrètes à secouer le joug dont nous trouvons les symptômes dans les chansons du temps, chaque jour plus hardies et plus insolentes. Avant Fénelon ^ et aussi fortement, quoique avec plus de mesure, Bourdaloue dénonce ce discrédit croissant qui, s'attachant d'abord aux dépositaires de l'autorité, atteint bientôt l'autorité elle-même. Il signale, du haut de la chaire, l'existence de ce mal d'autant plus dangereux qu'on l'ignore ® ; il en cherche librement les causes, sans se demander si les abus dont on se plaint ne sont pas des vices essentiels au régime d'alors, et si les reproches qu'il adresse aux hommes ne frappent point les institutions. Ainsi, il s'élève
1. Carême. Mercredi de la 2« semaine, sur VÂmbitiim^ 2« partie, t. II, p. 382.