CORRUPTION DES JUGES
jets, on subit ces épreuves par cérémonie * ; et par la comparai* son que Ton fait de soi-même avec tant d'autres qui y ont passé, on s'estime encore trop fort pour en sortir avec honneur. Si ceux à qui il appartient de corriger ces abus font des ordonnances pour les régler, on regarde ces ordonnances comme des vexations. On peut tout sans s'être jamais disposé à rien, sauf à faire ensuite des expériences aux dépens d'autrui *... »
La vénalité des chargesjudiciaires n'autorisait pas seulement l'ignorance et l'incapacité : elle rendait le désintéressement impossible et la probité difficile, a Chacune des charges, dit fort justement un critique, était un capital dont il fallait que le propriétaire tirât un revenu, et l'office de juge se transformait forcément en un objet de spéculation '. » L'intègre Lamoignon ne faisait pas difficulté de déclarer « que les magistrats devaient trouver dans les profits de la justice le revenu des sommes qu'ils avaient avancées pour en devenir possesseurs *. » Dès lors tout fut combiné pour prolonger les procès et les rendre interminables. Chacun de ces délais se payait argent comptant ; c'était tout profit pour les juges. La chicane, si justement raillée par Boileau dans la satire, et au théâtre par Racine, compliqua sans fin son imbroglio. En France, selon la remarque d'un étranger, «une cause de mille écus en exigeait deux mille de frais et durait dix ans ^. » — « Combien de pupilles, s'écriait Bourdaloue, dont l'héritage devient, après bien des formalités, la proie du chicaneur et de
1. u Les examens que ron continua d'exiger pour l'admission de chaque nouveau magistrat ne furent plus qu'une vaine formalité. » Ainsi s'exprime l'auteur d'une savante étude sur l'organisation de la justice dans rancienue monarchie, M. Fustel de Coulanges, confirmant ainsi, probablement saus le savoir, et presque dans les mêmes termes, les paroles de Bourdaloue. Revue des Deux-Mondes^ {•' octobre 1871, p. 587.
2. Dominicales. 16® dim. ap. la Pentecôte, 2« partie, t. VU? p. 107-108.