‹ Bourdaloue, sa prédication et son tempsChapitre 241 sur 341 · CORRUPTION DES JUGES · texte numérisé non relu

CORRUPTION DES JUGES

mauvais pas, pour user de l'expression commune, un riche criininel et scéiérat ne se tire-t-ii pas hautement et tête levée et de quel crime si noir ne trouve-t-il pas moyen de se laver? Les lois sont pour les misérables, les châtiments pour ceux à qui la pauvreté en pourrait déjà tenir lieu ; mais pour les riches il n'y a qu'indulgence, que connivence, que tolérance ; l'équité la plus inflexible et le droit le plus rigoureux se touraent pour eux en faveur *... »

« n en sortira un peu plus blanc que de la neige, » disait madame de Sévigné, parlant de Penautier, receveur général du clergé, gravement compromis dans le procès de la Brinvilliers. « Vous savez qu'il y a cent mille écus répandus pour faciliter toutes choses ^. » Quoique Louis XIV sût aussi qu'il y avait dans cette affaire « de fortes sollicitations et beaucoup d'argent répandu ^, » quoiqu'il eût cru devoir l'écrire à Colbert, la prédiction de madame de Sévigné s'accomplit : Penautier se tira de ce « mauvais pas : » mais il ne fut point si facilement absous par l'opinion générale, et l'on en fit force chansons. Déjà, en 1655, Gui Patin racontant dans une de ses lettres qu'on avait pendu une femme pour avoir exposé de la fausse monnaie, et que celui qui la faisait avait trouvé grâce, disait plaisamment : « Il y a apparence que c'est qu'il avait de bonne monnaie, outre la fausse qu'il faisait*. » En vain plusieurs chanceliers du règne voulurent remédier à cette corruption de la magistrature : leurs efforts révélaient le mal, sans le guérir. « Point de finesses, messieurs, point de friponne^ ries, » disait le chancelier Le Tellier, nouvellement entré en fonctions, aux secrétaires du roi qui venaient le compHmenter; et madame de Sévigné ajoute : « Cette réponse donne de grandes espérances de l'exacte justice ; cela fait

1. Carême. Jeudi de la 3« semaine, sur les Richesses^ 2^ partie, t. III, ). 17-18.

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