LES PUBLICAINS DU CHRISTIANISME
chrétien, un père qui craint Dieu pourrait-il permettre qu'un fils s'y jetât en aveugle- et qu'il y demeurât* ? »
Malgré les précautions de langage que prend ici Bourdaloue, on voit sans peine qu'il ne croyait pas la race des publicains tout à fait éteinte, et afin que nul ne s*y trompe, il termine par ces mots :
« C'est à vous, chrétiens, à faire l'application de cette morale, et à voir dans l'usage du siècle présent quelles conséquences vous en devez tirer *. »
Dans un autre sermon, il s'explique plus ouvertement.
« Un homme parfaitement irréprochable dans le maniement des deniers publics, et qui sort les mains pleinement nettes de certains emplois, est presque maintenant pour nous un prodige ^. »
Plus d'une fois on rechercha les malversations, on punit les coupables, on les força de rendre l'argent dont ils avaient frustré l'État *. Bourdaloue ne craignait pas de faire allusion à ces terribles retours pour dissuader ses auditeurs de (( s'ingérer » dans certains emplois très-lucratifs, mais très-hasardeux.
« Toutes les règles de la conscience vous apprenaient qu'il n'est rien de plus contraire au salut qu'un emploi où il est aisé de s'enrichir ; mais toutes les règles de la conscience n'avaient pas assez de force pour vous le faire fuir dans cette vue. Qu'a fait Dieu ? il a permis que les considérations humaines vinssent au secours de votre devoir, et que l'intérêt même temporel vous
1. Dominicales. Pour le premier dim. après TÊpiphaDie, 2« partie, t. V, p. 25-26.